mercredi 25 janvier 2017

Festival Premiers Plans Angers 2017 jours 3 et 4


Ils sont arrivés, ils sont là, ils se promènent parmi nous, ils se mêlent sans façon aux projections et nous les croisons avec un respect teinté d'admiration, les laissant infuser calmement tous ses premiers films. Qui ça " ils " ? Ben, Lambert et Bernard...Lambert Wilson majestueux président du jury et Bernard Ménez, comédien populaire et à la simplicité qui sied parfaitement à ce festival.
Comme tout festival généraliste, les films présentés font état du monde tel qu'il va et vous devinez que l'on ne s'est pas vraiment marré en visionnant les six premiers films présentés lundi et mardi. La cinéaste bulgare Ralitza Petrova avec "Godless" Léopard d'or à Locarno, dont le propos radical sur la corruption dans son pays m'a fortement impressionné, a sidéré la salle avec cette absence volontaire de séduction, faisant passer le moindre film des Dardennes pour du vaudeville. Sur le même schéma, avec aussi une héroïne sombre et taiseuse, Michaël Koch nous a parlé de l'Allemagne d'aujourd'hui et du sort de ses immigrés, laissant, lui, transparaître une touche d'espoir ...bienvenue dans une oeuvre prenante et maîtrisée.  Nous avons eu aussi des nouvelles de la Grèce avec "Park" de Sofia Exarchou où une bande de jeunes livrée à elle même, occupe les anciennes installations olympiques de 2004 laissées à l'abandon. C'est surement la meilleure idée du film que d'investir ce décor symbole de la chute d'un pays mais la bande son tonitruante et hurlante n'a pas réussi à couvrir les claquements des fauteuils des spectateurs lassés de voir se battre ou hurler cette jeunesse désœuvrée. De chute de valeurs, il était aussi question dans " Occidental", film français de Neil Beloufa, comédie grinçante à l'esthétique mixant "Palace" de Ribes et l'univers décalé de Kaurismaki où l'égoïsme des personnages, méfiants, racistes ou paranos les emporteront vers un néant programmé. Le film nous a permis de sourire un peu, même si le ton et la mise en scène extrêmement décalés ont surpris, voire décontenancé, un public pourtant prêt à se divertir enfin. Les velléités artistico/politiques du film ont eu du mal à l'empêcher de basculer dans une symbolique un peu balourde.
Les deux premiers films français présentés en avant-première et hors compétition, s'ils n'ont pas fait plus sourire les spectateurs, ont eu par contre la chance de beaucoup plaire. " Cessez le feu " de Emmanuel Courcol, belle reconstitution soignée de l'après guerre 14/18 s'intéresse aux traumatismes des rescapés. Porté par un trio impeccable de comédiens ( Romain Duris, Gregory Gadebois et Céline Sallette), le film m"a semblé pourtant pâtir d'un scénario un peu hésitant quant à ses réelles intentions. Pas plus drôle, "Corporate" de Nicolas Silhol, tendu comme un thriller, empoigne le spectateur et le colle dans une grande entreprise au management musclé. Là où, sur un sujet similaire " Carole Matthieu " sombrait dans le ridicule, le film captive de bout de en bout, porté par une Céline Sallette ( oui encore elle !) totalement éblouissante, arrivant à faire passer son personnage de DRH inflexible et antipathique en héroïne en voie de rédemption.
Côté courts métrages, pas plus de sourires non plus ! Que ce soit le sensible "Tranzicija" de la serbe Milica Tornavic, au décor sombre et dont l'héroïne va partir aux USA  pour changer de sexe ou de la slovène Sara Kern et son petit garçon bouleversant et bouleversé par la mort du bébé qui terrasse ses parents  dans " Bonne chance, Orlo !" voire de la belge Emmanuelle Nicot ( "A l'arraché" ) avec ses attachantes adolescentes en révolte, malgré la qualité des regards et la force des sujets, tous ces films adoptaient une narration mi documentaire mi fiction qui passe pour  être désormais la voie incontournable de la narration pour les jeunes cinéastes. Seule la serbe Ena Sendijarevic mais sous couleurs néerlandaises, dans "Import", arrive à sortir le thème de l'immigration  des ornières de la fiction brute et toucher tout autant, sinon plus,  le spectateur,  avec un sens du cadrage original et une narration tout en poésie.
Pour terminer, et avant d'aller prendre à nouveau le monde tel qu'il est en pleine figure, je tiens à signaler, dans la section courts métrages d'animation, une petite merveille de créativité , de rythme et d'humour ( enfin !) sur un thème pas drôle ( la solitude et la mort) : "Catherine " de la belge Britt Raes, un pur délice !

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