mercredi 7 mars 2018

La nuit a dévoré le monde de Dominique Rocher


Laissez-vous faire ! Laissez-vous emporter ! Faites fi de vos a priori quant au genre fantastique ( et ici le sous groupe : film de zombies) ! Déjà regardez l'affiche et remarquez qu'elle ne s'inscrit nullement dans une esthétique gore et lorgne plutôt vers un côté poétique qui, pour une fois, n'est absolument pas trompeur.
Malgré un départ improbable ( une homme venu récupérer des photos chez une ancienne copine, s'endort dans un fauteuil et se réveille le lendemain, seul survivant d'une étrange catastrophe qui a transformé Paris en un no mans land peuplé de zombies ne réagissant qu'au bruit et à l'odeur de chair humaine fraîche) qui laisse augurer un essai français à vouloir surfer sur le succès de "The Walking Dead" ,  le film déjoue tous les pronostics pour créer une œuvre vraiment originale et du coup totalement convaincante.
"La nuit a dévoré le monde" ne fait nullement penser à " La nuit des morts-vivants" mais à " Robinson Crusoé" puisque notre pauvre héros, Sam, va devoir survivre, solitaire, à l'intérieur d'un immeuble haussmanien duquel il ne peut mettre un bout de pied de dehors sans risquer une mort par dévoration. Le film va donc s'attacher à son quotidien de reclus et par là même glisser vers une symbolique psychologique ( on pense à une allégorie du chagrin d'amour ou comment s'en relever) voire politique ( ces zombies ridicules, se déplaçant de façon mécanique  ne sont-ils pas l'expression d'une population livrée à un monde libéral impitoyable ? ).  Sans jamais rien céder à son histoire, et avec malgré tout quelques rares moments qui vous font sauter sur votre siège ( genre oblige), le film arrive à distiller une grande poésie, tant plastique ( un magnifique travail sur le décor a été fourni, ou comment cet homme va rendre son quotidien plus doux en jouant avec les objets et la lumière)  que musicale ( le héros est musicien dans la vie et tous les moyens sont bons pour s'évader dans la création, et, là aussi, une bande sonore très léchée).
L'autre singularité du film tient dans son trio d'acteurs, tous estampillés film d'auteurs et qui donnent donc une autre sorte de plus value à l'ensemble. Si Golshifteh Farahani ne fait qu'une brève mais forte apparition, reconnaissons que Anders Danielsen Lie, avec son accent norvégien et sa silhouette frêle apporte au film cette note tout aussi fragile que courageuse qui permet une empathie réelle avec son personnage et porte le film avec aisance. Le bonus reste Denis Lavant, absolument extraordinaire dans un rôle muet de zombie enfermé dans un ascenseur, gargouille simiesque dont il arrive à tirer de l'émotion.
Dans la lignée de  " Grave" de Julia Ducournau, " La nuit a dévoré le monde"  surprend le spectateur par sa maîtrise autant scénaristique que filmique ( classique mais ultra efficace) d'un film apparemment de genre mais qui ledétourne pour en faire une œuvre personnelle, pertinente et ambitieuse. Décidément, nous avons beaucoup de jeunes auteurs talentueux que l'on se plaira à suivre...

Avertissement : La bande annonce, compile quasiment les seuls moments de tension d'un film d'1h34...

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