samedi 31 mars 2018

La griffe du chat de Sophie Chabanel



Rendons grâce aux éditions du Seuil de vouloir sortir le polar des ornières habituelles, c'est à dire le serial killer sadique ( je pense que quasi tous les cas de figures ont été évoqués, des bébés trucidés dans les ventres de leur mère aux violeurs de grands-mères en déambulateurs) ou des enquêtes nous plongeant dans les profondeurs les plus noires de nos sociétés. La collection "Cadre noir" a le mérite de publier quelques romans policiers alliant enquête et humour. Sophie Chabanel avec "La griffe du chat" entre dans ce cercle encore peu fréquenté. Pour les amateurs, on peut d'ors et déjà dire que nous sommes en dessous de l'excellent "Hôtel du Grand Cerf" de Franz Bartelt  ou du piquant "Demain c'est loin" de Jacky Schwartzmann, parus l'an passé sous cette bannière.
Le cadavre du propriétaire d'un bar à chat ( concept venant du Japon où les consommateurs avalent leurs consommations tout en caressant des chats ) ainsi qu'un persan bien enrobé disparu suffisent à la commissaire Romano et à ses deux adjoints  pour se rendre dans cet établissement lillois. Après avoir affronté une veuve éplorée par la disparition de son chat vedette, le cadavre, qui laisse à penser qu'il s'agit d'un suicide, ne va pas laisser indifférente l'enquêtrice vedette, flairant que rien ne semble clair dans cette histoire. Bonne pioche ! Malgré un habile maquillage, le médecin légiste démontre qu'il s'agit bien d'un assassinat. Sans beaucoup d'indices à se mettre sous la dent, l'enquête commence mollement et banalement en interrogeant l'entourage du mort dont le présentateur vedette d'une télévision privée...
Il faut bien reconnaître que l'intrigue, même si elle possède un point de départ plutôt rigolo, est loin d'être le point fort du livre. Elle va pas mal piétiner avant de s'accélérer assez artificiellement dans le dernier tiers, histoire de remplir le cahier des charges. Non, là ne se situe pas l'intérêt de ce roman, qui, stricto-sensu se rapproche d'un  scénario planplan de téléfilm de deuxième partie de soirée. Ce n'est pas non plus l'humour plaqué dans cette histoire qui, même s'il est loin d'être désagréable, permet de s'attacher au récit. Il semble juste se contenter de pointer du doigt quelques petits travers de notre société et d'accentuer le caractère déjà passablement chargé des deux adjoints lourdauds de la commissaire. Ce qui fait que l'on tourne les pages de ce polar pas si noir, c'est son héroïne que l'auteure bichonne comme si elle était le prétexte majeur à l'écriture de ce roman. On s'attache très vite à cette célibataire caustique qui a acheté sur ses deniers des vélos d'appartement pour mettre dans son bureau du commissariat et sur lesquels tout le monde pédale lors des réunions ou qui peut acheter un billet pour Berlin pour aller rejoindre un mec croisé quelques jours avant juste pour le sexe. La commissaire Romano jouit d'un charisme, d'une liberté de vie et de ton comme on voit peu souvent dans un genre plus porté vers la testostérone masculine. Et du coup, on dévore le roman pour elle, l'intrigue passant au second plan.
Ces quelques coups de griffes pour ce premier roman policier de Sophie Chabanel ne doivent tout de même pas vous empêcher de découvrir son héroïne. Pas violent pour deux sous, drôle bien sûr sans pour autant être hilarant, il se lit facilement et saura vous faire passer un moment pas désagréable du tout. Un vrai polar de détente, à lire en caressant son chat.

Merci au site BABELIO pour la découverte de ce roman !


2 commentaires:

  1. Mince alors, comment vais-je faire, je n'ai pas de chat !!

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    1. Tu fais l'impasse ! Ca fonctionnera moins bien avec un chien ou un poisson rouge !

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