mercredi 21 mars 2018

Mektoub my love, canto uno de Abdellatif Kechiche


" You make me feel...Yououou maaaake meeee feeel !!!!...."  brame la bande annonce du nouveau Kechiche, sorte de petit film d'été avec jeunes gens flirtant et dansant dans une station balnéaire, laissant presque supposer que nous allions être conviés à une sorte de "Spring Breakers"  français...
Et quand on avise que la chose dure trois heures...  la crainte de l'ennui peut gagner n'importe quel spectateur, même le plus curieux.
Je sors de la projection de "Mektoub my love" et j'avais oublié qu'il faisait froid et que l'été c'est dans quelques mois. Le film m'a embarqué à Sète, intégré dans un groupe de jeunes en vacances, fait vivre comme rarement trois heures de vacances, de marivaudages, de fun, de soleil, de corps à la sensualité rayonnante, de légèreté. Abdellatif Kechiche n'est pas un magicien ( quoique) mais assurément un grand cinéaste qui peut, avec une histoire de rien et un temps étiré comme rarement sur un écran, nous faire retrouver l'espace d'un moment une jeunesse perdue ( la mienne, car si vous avez 20 ans ...) et la sensation de nous intégrer totalement dans un groupe de gens dont on est à la fois le spectateur mais aussi l'acteur.
De quelques flirts d'été dont l'amour cachée d'une jeune fille pour un dragueur inconséquent sert de pivot, Kechiche parvient à tirer une chronique aussi tendre que légère, aussi sensuelle que fine, aussi passionnante que simplissime. On peut dire qu'il y a du Marivaux pour les situations ( mais en bikini !), que l'on pense à Rohmer et à " Pauline à la plage" mais sans les dialogues ampoulés dits avec afféteries. Mais ici, il n'y a pas une seconde qui ne sonne pas juste, pas réelle ( sauf peut être bizarrement Hafsia Herzi qui semble avoir désormais un peu de mal avec le naturel). C'est là que se situe la magie du cinéaste, nous plonger dans une réalité extrême alors que tout est fabriqué au millimètre. Et dans ce dispositif, nous sommes à la fois le jeune héros un peu timide ( ou coincé, ou hésitant, ou gay) qui observe, écoute et le cinéaste qui pose sur cette jeunesse à la fois ses petites obsessions ( les courbes des corps, les croupes callipyges ), mais surtout un regard qui capte les frémissements, les hésitations, les bravades, les regards évidemment. Les scènes durent, durent pour mieux nous embarquer dans ces jeux de l'amour et du soleil. On est bluffé par l'interprétation mais surtout par les trois jeunes acteurs principaux absolument époustouflants, le sympathique et charmant Shaïn Boumedine, la sculpturale et rayonnante Ophélie Bau et la très volontaire Lou Luttiau qui explosent ici et comblent sans effort ce qui aurait pu apparaître comme vide ou plat. On saisit petit à petit les enjeux du film, créer une sorte d'utopie juvénile et estivale sans jamais en gommer les soubresauts et les sentiments mais en laissant en arrière plan les enjeux sociaux qui étaient au cœur de ses précédents films.
Les trois heures passent comme un séjour ensoleillé. Touché, admiratif et roulé dans le sable de cette histoire méridionale, je ne peux qu'attendre avec impatience le "canto due" ...



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