vendredi 6 avril 2018

La traversée du paradis de Antoine Rault



Charles est français, mais deviendra allemand sous le nom de Gustav et retourne vivre chez sa mère qui n'est pas sa mère, mais celle de celui dont les services français lui ont fait prendre l'identité juste après la guerre 14/18. Vous ne suivez déjà plus ? Cela n'est pas grave, Antoine Rault le raconte bien et simplement dans le roman. Pour les chanceux qui ont lu le premier tome de ce qui s'annonce comme au moins une trilogie, c'est nettement plus aisé. Pour ceux qui démarreraient les aventures de Charles/Gustave/Alt ( oui, parce qu'il sera encore un autre un peu plus tard dans le roman!), pas de panique vous serez tout de suite plongés dans ce tourbillon historico/espionno/romanesque ( et il n'est nullement nécessaire d'avoir lu le premier tome).
Après avoir décrit l'Allemagne après leur défaite en 1918, l'auteur va plonger ses personnages dans la Russie d'après la révolution de 17, dont les débuts sont on ne peut plus chaotiques. Si Charles /Gustave espion allemand accepte de devenir Alt, c'est uniquement pour retrouver Tatiana, une femme qu'il a dans la peau, rencontrée dans un bordel à Berlin et qui s'est enfuie sans un mot. L'amour fait faire des folies et, franchement s'immerger dans le cloaque des débuts du communisme à Pétrograd ou Moscou, relève de l'inconscience...ou du véritable courage, vertu que possède évidemment le héros de ce roman.
Sur un fond historique précis, documenté, où l'on rencontre aussi bien Lénine que Trotski mais où l'on va croupir dans des prisons infâmes, se faire agresser par des gamins des rues affamés, chercher vainement un semblant de vie dans une Russie exangue, gouvernée par des idéologues et en proie aux exécutions massives et à la famine, le roman ne nous épargne rien de la rudesse de l'époque. Face au tragique de l'Histoire, la romance pourtant arrive à donner un peu d'espoir et de chaleur à ce monde qui n'en a guère. Même si l'on se doute de l'issue finale, on tourne les pages prestement, car une fois embarqué, difficile de lâcher l'affaire.
Bien sûr, à cause de l'époque, de cette suite à un premier tome ( "La danse des vivants), on pense à Pierre Lemaitre, lui aussi édité chez Albin Michel. Un doublon ? Dans l'idée et le timing des parutions peut être, mais en réalité non. Antoine Rault veut lui aussi divertir le lecteur mais avec une grande histoire d'amour et en y ajoutant une bonne dose historique. Là où Lemaitre reste dans une écriture très proche du polar, c'est vers le récit d'espionnage que lorgne Rault, avec ses montages parfois un peu compliqués de missions dangereuses ( il m'a semblé que l'on perdait moins en rythme dans cette suite que dans le premier tome, les discussions politico/historiques étant amenées avec plus de verve). C'est donc un tout autre univers qui nous est proposé et une tension assez différente. Mais on retrouve conjointement, la même appétence à mettre en scène des seconds rôles bien campés qui apportent au récit une vraie dimension romanesque.
Véritable tourne-page, " La traversée du Paradis"  fera un très bon best-seller d'été, surtout qu'il y fait plus que frais durant presque 600 pages.  Le paradis du titre, c'est la Russie de 1920, dont un personnage dit ... ( et d'une actualité encore brûlante ) : " ...les russes sont incapables de comprendre  l'idée de la liberté...on ne connaît que la trique. Alors, on ne s'est pas libérés, jamais, on passe seulement d'un tyran à l'autre... Si la Russie doit naître un jour, ça sera par la liberté !") ... 

Merci à BABELIO et aux éditions Albin Michel pour la lecture de ce roman !

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