lundi 23 avril 2018

La vie effaçant toutes choses de Fanny Chiarello



Fanny Chiarello continue de creuser un sillon féministe, plus franchement teinté des théories queers. " Dans son propre rôle" , un précédent roman paru en 2015, évoquait déjà deux femmes enfermées dans leur condition déterminé par leur sexe biologique mais leur désir de liberté  se diluait dans une sorte d'hommage à une littérature féminine anglo-saxonne. Avec son dernier ouvrage, un nouvel élan semble s'être emparé de l'auteure et c'est plutôt au film de Robert Altman "Trois femmes" que  "La vie effaçant toutes choses" fait songer sauf que le nombre de figures féminines évoquées est multiplié par trois.
9  donc, 9 portraits de femmes au bord de craquer ou en train de donner le coup de pied libérateur ( mais pas au bord de la crise de nerf; ce serait vraiment trop cliché et misogyne surtout) nous sont proposés. Chacune se retrouve seule face à une désespérance que leur genre déformé par les diktats de la société leur ont insufflé au fil d'une vie qu'elles ne supportent plus. De la femme vieillie qui n'intéresse plus personne ( sauf les pompes funèbres), à Kim, enceinte après une énième FIV mais qui s'aperçoit qu'elle n'est absolument pas faite pour la maternité, à l'adolescente un peu ingrate et délurée qui prend de plein fouet la sexualité de ses parents qu'elle pensait endormis, à des femmes plus simples qui veulent seulement sortir la tête hors de cette eau stagnante qu'est la régie d'une famille et d'un travail sans âme. Ces 9 femmes, d'âges et de milieux différents se débattent dans un quotidien morne qu'éclaire une lueur de révolte qu'elle ne veulent plus camoufler.
Fanny Chiarello nous invite dans leurs pensées, juste un instant, sur une journée, mais toujours sur un moment qui peut tout faire basculer. En s'appuyant sur leurs gestes banals, sur une observation précise de leur quotidien et du monde qui les entoure, les portraits sonnent tout de de suite justes et vibrent comme un morceau de blues chanté par la voix profonde et forcément abîmée des êtres exploités par le destin.
Le roman apparaît de prime abord comme un recueil de nouvelles, mais une vraie et singulière sororité court au travers des lignes et finit par former un chœur, un groupe complètement cohérent qui donne une vraie unité au livre. Toutes les histoires sont reliées entre elles par d'infimes petits détails. Parfois même ces femmes vont se croiser, rencontrer les mêmes personnes ( une SDF, un jeune homme qui tricote, ... ), se regarder sans jamais se parler.
Nettement plus mordante, prenant le vie d'aujourd'hui avec une délicate fermeté, Fanny Chiarello signe un ouvrage... je ne dis pas roman...mais j'aura bien envie...qui ne laissera pas le lecteur ( on peut rêver que comme moi certains s'y plongeront) et la lectrice indifférent(e), le, la bousculera car elle touche du bout de sa plume à des zones sensibles propres à réveiller des envies de changements.

2 commentaires:

  1. 9 portraits de femmes qui s'entremêlent, excusez mon "étroit tresse" d'esprit mais cela m'évoque tout de suite un autre roman;-), même si ce dernier tricot a l'air de vous avoir davantage touché, et la maille plus travaillée.

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  2. J'ai lu un roman d'elle que j'ai trouvé très étrange et qui ne m'a pas enthousiasmée.

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