samedi 7 avril 2012

A moi seule de Frédéric Videau




Il y a des films qui me laissent perplexe. "A moi seule" entre dorénavant dans cette catégorie. 
Sur un sujet inspiré de différents faits divers à savoir les séquestrations d'enfants dans une cave, Frédéric Videau, d'emblée, va l'encontre de ce que ce thème laisse augurer. Gaëlle va passer toute son adolescence (huit ans) enfermée par Vincent, ouvrier taciturne. Mais entre eux pas de violence, pas se sexualité, pas de viol, juste une  relation de quasi couple, par moment père/fille et d'autres fois homme/femme. On ne connaitra jamais réellement le pourquoi de cet enlèvement et le film nous épargne du stress de l'épilogue, puisque Gaëlle est libérée par son ravisseur dès le début du film. L'histoire nous sera racontée par flashbacks, au fil des sensations éprouvée par l'héroïne lors de son retour à la vie normale.
Le réalisateur nous propose presque deux histoires : celle de la séquestration et celle de la reconstruction, même si cette dernière n'est pas l'essentiel du film.
La partie enfermement est la plus déstabilisante. A l'écran, le quotidien des deux personnages est faite de chamailleries, lot de toute famille ou couple ordinaire. On a souvent l'impression que la jeune fille, bien que séquestrée,  domine le jeu par une intelligence beaucoup plus aigüe que celle de son ravisseur. Elle semble appréhender son emprisonnement avec une détermination très froide, mélange trouble de syndrome de Stockholm et de vengeance. Agathe Bonitzer, qui joue Gaëlle, glaciale et ambigüe, est parfaite dans ce jeu troublant. En face d'elle, Reda Kateb, le regard fébrile, souvent au bord de la violence,  joue de toutes les nuances et fait planer une fêlure mystérieuse et inquiétante. Cependant, jamais la situation ne bascule dans le convenu, les rôles paraissant même inversés tellement la jeune fille semble avoir un ascendant sur son ravisseur.
Le retour à la vie normale confirme la force de Gaëlle, moins traumatisée que ses parents, et dont la reconstruction est aussi terrible que son enfermement. Cependant, une très jolie dernière scène dans un train avec une inconnue, apporte avec son lot de sous-entendus, une note légèrement solaire, laissant espérer que l'avenir de cette jeune fille pourra lui laisser espérer autre chose que de la dureté.
Film intéressant, "A moi seule" mérite que l'on s'y arrête même s'il lui manque ce je ne sais quoi qui fait adhérer pleinement le spectateur. C'est surprenant et jamais dans le cliché, ce qui ne peut que me plaire mais, la retenue et la froideur de la mise en scène m'a tenu en retrait, à la marge de cette histoire pourtant terrible.
On notera, pour l'anecdote, que Florent Marchet signe ici sa première musique de film, intéressante à écouter mais un rien décalée par rapport à la situation.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson