jeudi 26 février 2015

Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu



"Birdman" est sans doute le produit le plus en phase avec son époque. Tout est dans la vitrine ultra clinquante, relustrée par quelques oscars, mais n'est au final qu'un pudding gonflant et indigeste sans aucune saveur réelle et surtout sans l'ombre d'un propos intéressant qui puisse titiller les esprits. Pour reprendre une vieille publicité pour un soda américain lancé dans les années 70 : ça ressemble à un film d'auteur,, c'est doré comme un chef d'oeuvre ....mais ce n'est pas un chef d'oeuvre ...très loin de là !
Je commencerai par faire un sort au soi-disant formidable (faux) plan unique du film : c'est à peine si on le remarque. Cette performance totalement tape à l'oeil n'apporte, hélas, rien au film sinon une aura inutile de grand technicien. La caméra virevolte tellement de partout et dans tous les sens qu'il est quand même difficile d'apercevoir ce (faux) plan séquence de 2h !
Je continuerai par bâiller devant le scénario du film, totalement banal. Franchement les affres d'un comédien dont la gloire passée le poursuit sans cesse et qui joue une sorte de va-tout avec un retour sur scène dans une pièce soi-disant sérieuse, a comme un air de déjà vu non ? Ok, ici, il a incarné un super héros, le birdman du titre, ça change la donne, c'est certain. Mais comme le senor Inarritu, surement pour faire moderne, mais aussi pour donner un semblant de mystère et d'onirisme, lui a adjoint quelques pouvoir surnaturels (il fait exploser des ampoules, déplace des objets jusqu'à se débarrasser d'un partenaire qu'il juge nul), le pensum sur les déboires de la vie d'artiste tournent plutôt au blockbuster hystérique.
J'ajouterai que Michaël Keaton, qui évidemment mouille sa chemise dans un rôle à cent lieues de ses films habituels, n'a pas de chance. Il est entouré de personnages dont les stéréotypes laissent pantois : le partenaire impuissant et cabot, la femme quarantenaire hystérique, la méchante critique vraisemblablement frigide, la fille qu'il faut sortir de la drogue, ... Tout ce joli monde a en plus hérité de répliques plus vides les unes que les autres, parfois d'une affligeante banalité, souvent surlignant grossièrement des sentiments de pacotille.
On pourrait sombrer dans un ennui total si le cinéaste ne secouait pas constamment nos yeux avec des mouvements de caméra survoltés, empêchant le spectateur de sombrer dans un sommeil salvateur. Pas certain que cela suffise, il a en plus fait concocter une bande son avec des solos de batterie qui vous vrillent les tympans à chaque fois que Keaton emprunte un couloir. Et comme le pauvre héros passe son temps à déambuler, j'ai vu plus d'un sonotone se mettre en position off dans la salle.
Vraiment, j'ai passé un sale moment avec Birdman, où le ridicule se roule avec la platitude, où l'esbroufe fait figure de style, où les clichés s'enchaînent sans fin, où les acteurs cabotinent éhontément. Je sauverai juste Emma Stone, qui malgré un rôle ingrat, arrive à prouver qu'elle est vraiment une comédienne tout terrain,qui parvient à être crédible et sensible même dans les pires navets. Il n'y a juste qu'une interrogation qui m'a hanté durant toute la projection : mais est-ce possible que cette jeune femme ait des yeux aussi grands, comme une héroïne de manga ? Réalité ou trucage numérique pour une finalité qui m'échappe ?
Quoiqu'il en soit, malgré ses nombreux oscars, "Birdman" reste un film au propos totalement creux enveloppé dans un imagerie énervée et énervante, une sorte de blockbuster aux apparences art et essai mais qui n'est au final que le délire inepte d'un réalisateur pas encore sorti de son adolescence.




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