mardi 17 février 2015

Vincent n'a pas d'écailles de Thomas Salvador



Voir un premier film c'est toujours sympathique, voire émouvant car porteur d'avenir. On est à la merci de découvrir un univers, une vision personnelle ou tout bonnement un réalisateur dont on espère qu'il pourra continuer. On va peut être plus indulgent car souvent le projet a été long à monter (8 ans pour celui-ci), le budget évidemment limité et les premières fois ce n'est que rarement fabuleux.
"Vincent n'a pas d'écailles " est un premier film paradoxal et intriguant. L'accroche par le distributeur le vendant comme une comédie avec "le premier super héros français" ne lui rend pas service car ce n'est ni vraiment une comédie et encore moins un film d'aventures genre Batman ou Spiderman,  Benoît Brisefer à la limite. Mais l'autre slogan, censé être humoristique,  " Garanti 100% sans effets numériques" laisser augurer le pire : le film français bien pauvret qui décevra les quelques spectateurs venus pour un frisson à la Hollywood, alors que nous sommes dans un univers à priori plus auteuriste.
"Vincent n'a pas d'écailles " est un premier film fragile. Certains me diront que j'emploie un mot totalement stéréotypé par la critique mais, vraiment, dans ce cas ci, particulièrement adapté. Le héros est un taciturne, un vrai taiseux. Il a le pouvoir de devenir très fort dès que son corps est mouillé. Cela pourrait être fort utile dans la vie mais Vincent le considère plus comme un handicap. Du coup, il le cache et vit en marge de la société, vivant de petits boulots dans des endroits à proximité de lieux de baignade. Composé de multiples scènes montrant Vincent se baigner, nager, se tremper, s'humidifier, re nager, re se baigner, le film n'avance guère, installant un climat silencieux, où la nature est très présente, mais qui se révèle un poil ennuyeux. Et comme il est peu bavard et ne rencontre que des taiseux qui sourient (les filles) ou qui n'ont pas grande conversation (les garçons), nous sommes pas loin du film minimaliste. Hommage au cinéma muet (Keaton ou Chaplin  ou à l'univers de Tati ) ou éloge de la lenteur dans un cinéma trop souvent névrotique ? Peut être, mais pas certain. Ces scènes un poil trop longues ou par trop répétitives font plus penser à un moyen métrage rallongé pour avoir le statut de long. Cependant, dans la deuxième partie, le clin d'oeil assez futé et parfaitement réussi  aux scènes de poursuite des films de superhéros, bricolées avec les moyens du bord, rend soudain le projet plus sympathique et du coup plus intéressant.
Thomas Salvador, réalisateur et acteur principal de son film, nous fait-il la proposition d'un héros gentiment décalé comme l'ont fait d'illustres prédécesseurs,Tati, Etaix, voire Pierre Richard ? On pourrait le penser, vu le côté itinérant du personnage au pouvoir assez singulier. et qui pourrait très bien être le personnage récurrent de suites éventuelles. Mais y-a-t-il la place et un public  pour un superhéros réservé vivant des aventures un peu léthargiques avec pour toile de fond une France se marginalisant peu à peu ? Le concept est très (trop?) cinéma d'auteur.
Ce premier film, pas tout à fait convaincant, peut être par trop de retenue, a toutefois le mérite de l'originalité et est donc une curiosité à découvrir.



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