lundi 7 décembre 2015

Mia madre de Nanni Moretti


J'ai un problème avec Nanni Moretti. Jusqu'à présent aucun de ses films ne m'a réellement emballé...non, même pas "la chambre du fils".  Son cinéma me parle peu, pour ne pas dire du tout. Je le trouve planplan , avec des idées, des thématiques intéressantes certes, mais rien qui ne m'attendrisse, me fasse sourire ou que j'entre en empathie avec sa vision du monde. Beaucoup y trouvent de jolis plans, de grandes envolées, des cheminements intelligents...moi, je ne vois rien, ne ressens rien ou presque, sauf une esthétique proche du téléfilm.
Cette semaine, l'accueil dithyrambique fait par les critiques à "Mia madre"  m'a convaincu de prendre deux cafés ( non, je ne vais pas au-delà au niveau drogue), d'acheter mon billet avec la ferme intention de me laisser aller... Même si le film, rentré bredouille de Cannes où pourtant, tout ce que l'on a vu jusqu'à présent démontre que prendre place dans le palmarès ne devait guère être difficile, je pensais que cette fois-ci j'allais pouvoir m'esbaudir devant la dernière oeuvre d'un des grands maîtres actuels du cinéma italien.
Ca débute très sobrement par un court générique sur fond noir, accompagné de quelques notes de piano graves. Le ton est donné. On ne va pas se marrer. Le film nous embarque à la suite de Margherita, femme mûre italienne à la mine pensive, puis triste, puis perdue, puis franchement au bord de se foutre en l'air. Il faut dire que la pauvre cumule les ennuis : elle largue son amant, sa mère est hospitalisée puis mourante, sa fille ado fait sa crise ...enfin...petite la crise puisqu'elle se résume au fait qu'elle ne veut pas apprendre son latin. Pour moi pas trop grave, mais en Italie sans doute très important surtout que c'était la matière qu'enseignait avec brio la mamy grabataire. Pour couronner le tout, elle a un frère passablement irritant car parfait d'attention, de commisération, de gentillesse. Cette perfection lui donne l'impression d'être aussi intéressante qu'une courgette abandonnée au fond de la remorque d'un  36 tonnes.
Le pathos est là, merveilleusement porté par Margherita Buy, absolument parfaite de bout en bout. On peut vraiment noter sa performance surtout au milieu d'un scénario qui prend le spectateur en otage, essayant de le faire larmoyer autour du thème de la perte d'une mère ( et en extrapolant de la culture classique). Le film navigue dans les zones troubles des bons sentiments, hésitant à s'emparer de la réalité en proposant des scènes rêvées, quelques flash-backs poussifs, parfois des scènes tout en  pudeur ( l'annonce de la mort) mais souvent avec de la guimauve suintant au bord du cadre. Tout le monde est formidable ou au fond  gentil. La dépressive est en fait une brave fille qui s'interroge trop, la mère une femme formidable, une prof adorée, une mamy drôle et copine. Voilà au moins une famille italienne hors des clichés habituels, pas gueularde pour deux sous. On pourrait, à la rigueur, se laisser prendre par cette forte dose de gentillesse mais Nanni Moretti lui a intercalé une deuxième histoire sur le tournage d'un film tout aussi improbable, dont les scènes sont aussi réalistes que la cafète dans "Hélène et les garçons" et rendues totalement insupportables par le cabotinage de John Turturro dans un rôle qui enfile les clichés. Quelle drôle d'idée ! Est-ce une envie d'aération au milieu de cette tristesse ambiante ? Une histoire bassement matérielle de production visant plus de ventes à l'international ?  Quand même pas ?!
Comme d'habitude, je n'ai rien ressenti à la vision de "Mia madre", film bancal, perdu dans cette poisse sucrée et cette meringue soi-disant burlesque. Il ne me restera que la présence subtile de Margherita Buy qui arrive à être impériale dans son rôle. Décidemment, Moretti n'est pas un réalisateur pour moi, son film sur la perte, m'a totalement éloigné de son cinéma.



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