vendredi 11 novembre 2011

Le premier été d'Anne Percin

Il y a des romans formidables qui passent totalement inaperçus. On peut se demander pourquoi. Peut-être qu'ils ne sont pas publiés chez le bon éditeur. Ou bien, l'attaché de presse n'arrive pas à faire le buzz. L'auteur, jeune et pas encore connu, a beau avoir un vrai talent, cela ne suffit pas pour intéresser les médias avides de soufre ou d'originalité.
Pourtant, en surfant sur le net, les blogueurs spécialisés livres, ont été nombreux à aimer et défendre "le premier été" d'Anne Percin et ce, dès la mi-aout. Mais, les bulldozers de la rentrée destinés à truster les prix, ont laminé les espoirs de prétendants trop tendres, trop fragiles.
Fragile, il l'est ce deuxième roman d'Anne Percin (pour les adultes, car elle écrit beaucoup pour les adolescents). L'histoire, au départ banale, de deux soeurs se retrouvant pour vider la maison de leurs grands-parents en Haute-Saône et qui sera propice aux souvenirs, séduit très vite grâce à une écriture absolument magnifique. Il y a longtemps que je n'avais pas été aussi transporté par la plume d'un écrivain d'aujourd'hui.
Tout sonne juste dans cette histoire. Le désoeuvrement de cette jeune fille en vacances à la campagne chez ses grands-parents est décrite avec une telle minutie que l'on ne s'ennuie jamais car l'auteur instille dans son récit les germes d'un drame à venir. Le soleil nous brûle, les herbes nous picotent les jambes, on croit entendre Etienne Daho, les coquelicots sont rouges comme le sang, nos sens sont en éveil comme ceux de l'héroïne qui découvrira un amour dont elle portera les stigmates toute sa vie.
C'est court, c'est précis, c'est passionnant et l'on referme le livre bouleversé car cette histoire, menée comme un polar psychologique, vire, lentement mais sûrement, vers un univers vénéneux et cruel.
Personnellement, et bien que je sois un garçon, j'ai retrouvé les émotions, les odeurs, les images de mes étés d'adolescent, où, partagé entre l'ennui et le hit parade d'Europe1, entouré d'un monde encore un peu agricole qui vivait ces derniers instants, je découvrais ces sensations nouvelles d'un sexualité balbutiante.
Ce livre est pour moi une vraie madeleine de Proust mais surtout un roman parfaitement réussi. BRAVO!
Le premier été d'Anne Percin aux éditions du Rouergue, 16€

2 commentaires:

  1. Merci pour votre très très bel article. Je me permets seulement un petit commentaire très personnel : croyez-moi ou non, mais j'estime que ce livre est tout à fait à sa place chez un éditeur qui ne se lance pas dans la course aux prix... Cela me convient extrêmement bien ! Tous les auteurs ne sont pas faits pour (être dévorés sur) les plateaux télé...!

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  2. Oui, je trouve que les émotions sont sensibles autant chez ce garçon que cette fille, et que la force en est certainement la même, la rencontre se fit dans la chair même de la vie et acquiert une grande profondeur.

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Woman at war de Benedikt Erlingsson