lundi 2 juillet 2012

La maternité de Mathieu Simonet



" La maternité" est un livre digne, droit dans ses bottes, que j'ai reçu comme un témoignage d'une grande sincérité. Il nous raconte les dernières années de la vie d'une femme, la mère de l'auteur, atteinte d'un cancer. Là où plein d'auteurs auraient versé dans le pathos le plus absolu, Mathieu Simonet fait éclater sa narration en une multitudes de petits paragraphes tournant autour de notre relation avec la mort, mais aussi, la vie, l'amour, ... Tout en décrivant au plus près les derniers mois de vie de cette femme tant aimée, l'auteur intercale dans son récit le vécu de personnes vivant au jour le jour avec des morts ( personnel soignant, employé de la morgue, chercheurs ). Il rajoute à cela les réponses d'artistes à qui on a demandé d'évoquer le premier mort qu'ils ont rencontré. Aussi étrange que cela puisse paraître, ces passages sont des respirations tout à fait indispensables à ce texte au ton très personnel et intime.
Ce qui est le plus intriguant mais aussi le plus réussi, c'est la sensation que le lecteur n'est jamais mis en position de voyeur dans ce voyage personnel, n'hésitant jamais à verser dans l'impudeur.. Mathieu Simonet ne se gêne pas à demander à ses parents de raconter la première fois qu'ils ont fait l'amour ensemble ou de décrire la déchéance du corps nu de sa mère, abîmé par les lavements et les escarres.
L'écriture, sans fioriture, raconte ce chemin de souffrances. Toute la charge impudique est ici irriguée par une douceur et un amour filial exemplaires. Heureusement, comme dans la vie, les moments de rire ont aussi leur place. La mère est formidable d'humour noir et le père, au passé psychiatrique lourd, est absolument insensé.
Mathieu Simonet a su trouver les mots justes et vrais pour décrire ce passage vers la mort. Il nous offre un livre impressionnant de maîtrise et d'intelligence. Il questionne avec pertinence notre rapport avec la mort, la perte d'un parent, le vide qui se créé petit à petit quand on accompagne un proche jusqu'à son dernier souffle. Un livre à l'écriture simple en apparence qui résonne longtemps après l'avoir refermé. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson