jeudi 13 mars 2014

La vie en mieux d'Anna Gavalda


Quand j'aime le livre d'un auteur, j'achète toujours le suivant. Quand on aime, multiplier les rencontres avec un auteur, c'est plaisant. J'avais beaucoup apprécié " Billie " paru il y a quelques mois, retrouvant une Anna Gavalda pétillante et son univers empreint d'une profonde humanité.
"La vie en mieux" qu'elle nous propose aujourd'hui, devait initialement, si je me rappelle bien les nombreuses interviews données en octobre dernier, paraître dans le même volume que "Billie". Au final, les deux longues nouvelles qui le composent  paraissent indépendamment (coup marketing ?). Ce sont deux portraits de jeunes gens d'aujourd'hui, parisiens, Mathilde et Yann. Si leurs deux histoires sont totalement différentes, ils ont en commun le mal de vivre de beaucoup de personnages de l'auteure, cette sensation diffuse qu'ils vivent mal, loin de leurs idéaux de liberté, des relations vraies et authentiques, écrasés par  les codes sclérosants d'une société de vitrine et de paraître. On peut dire que c'est son fond de commerce, sa marque de fabrique. Fine observatrice du monde d'aujourd'hui, Anna Gavalda sait glisser à la perfection au creux de  ses textes ces petits détails du quotidien, agaçants ou charmants qui donne à ses écrits une touche sensible et amusante. C'était le cas dans "Billie" et ça l'est aussi dans celui-ci, sauf que c'est quand même un peu raté !
Si j'avais été attentif, plutôt que d'admirer la très jolie couverture, j'aurai pu m'interroger sur le titre : la vie en mieux ..., tout un programme déjà développé maintes fois et qui, maintenant que j'ai lu l'ouvrage, aurait dû me faire penser à "Plus belle la vie". Oui, les intrigues, un peu tirées par les cheveux, lorgnent beaucoup du côté du feuilleton aux rebondissements improbables de France 3. Des bons sentiments, pourquoi pas, mais pas au prix de la crédibilité. Ainsi Mathilde, jolie fashion-victime, tombe amoureuse d'un gros cuisinier quasi muet auquel il manque une phalange et qui se promène avec une mallette remplie de couteaux. Yann, lui, décide de changer de vie grâce à un voisin fort en gueule et en complicité, pour lequel il a déménagé un buffet en formica bleu. Il lui suffira d'une soirée dans sa famille pour tourner la page...
Des points de départ originaux, c'est bien vu pour attraper le lecteur sauf qu'ici cela ne fonctionne pas vraiment.On la voit venir Anna Gavalda avec ses gros sabots de fraternité. On sait bien où elle va, on n'est pas surpris, le parcours est balisé. Et comme elle sent bien que tout cela n'est pas original, elle essaie d'insérer des morceaux de bravoure, histoire de donner du relief à  son récit : une lettre d'amour envoyé par un ancien amant de Pauline devenu auteur à succès ou des déclamations sous forme d'énumérations. C'est, suivant le cas, ou inutile, ou lourdingue. On sent la fabrication, la légèreté s'envole. Je pourrais aussi faire la fine bouche devant le style employé, un mélange de parler branché /jeune et de subjonctif imparfait, mais là je dois avouer que c'est souvent assez réussi, surtout lors des évocations du quotidien de ces jeunes gens où son sens du détail fait mouche.
In fine, même si la plume d'Anna Gavalda est souvent alerte et gracieuse, cette fois-ci la sauce ne prend pas. Trop de bons sentiments nuisent aux intrigues, le message est brouillé, le lecteur perdu en route et les hirondelles de la couverture sensées annoncer, en plus d'un joli printemps, un roman gracieux et léger, ne sont en fait qu'annonciatrices de deux nouvelles pas très réussies.


3 commentaires:

  1. Ce que vous dites de ce livre est exactement ce que j'ai pensé de son "Billie" que j'avais trouvé vraiment poussif. J'ai lâché Gavalda depuis "L'échappée belle". Dans le genre plume rafraichissante et drôle il y a Marie-Sabine Roger. Un de temps en temps, ça fait du bien !

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  2. Pourquoi y voir des "grosses ficelles"...Bien sûr l'intrigue est énorme, mais est-ce vraiment à cela que l'on s'intéresse ? Non. Anna Gavalda a cette justesse dans les personnages, une manière incroyable de nous les faire aimer, questionnant le lecteur sur ses valeurs, dans une société pas si simple finalement, retrouver sans doute notre humanité, le bonheur d'être au monde...Marketing ? Je ne crois pas....C'est aussi ce qu'elle dénonce...Se souvenir des belles choses....

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    1. Anna Gavalda est tout, sauf marketing, elle l'explique régulièrement, elle suit ce que ses petites voix lui dictent....les auteurs de commentaires plutôt défavorables sur ces oeuvres sont ceux qui n'ont rien compris à ce qu'elle écrit .... pour la comprendre il faut lâcher prise, ne pas chercher à comprendre et renoncer à paraitre....renoncer à tout comprendre ...juste respirer le bonheur d'être en vie....Le travail de Gavalda est énorme, bien plus que ce qu'on s'imagine...essayer de rédiger trois phrases dans son argot pour vous adapter au statut de son personnage et vous verrez que pour elle il est probablement plus facile d'utiliser la langue du 16ème....

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