dimanche 16 mars 2014

Lune l'envers de Blutch



C'est album est à l'image de sa couverture : surréaliste, touffu et auteuriste. "Lune l'envers " est tout sauf classique.
C'est  l'histoire d'un auteur de série BD à succès en panne d'inspiration à force d'avoir été pressé comme un citron par un éditeur visant uniquement le profit. Il est vieillissant, déprimé, partagé entre plusieurs femmes qui l'épuisent. Une de ses anciennes maîtresse est d'ailleurs recrutée pour poursuivre la série à sa place. Elle possède un atout indéniable, elle a traversé le temps sans vieillir. Mais la jeune (?) femme se révolte, elle ne veut pas le job sous prétexte que travailler sans voir ce que font ses mains ne l'intéresse pas. Il faut préciser que les auteurs de BD travaillent devant une énorme machine aux formes bizarres dans laquelle on  glisse ses mains dans un trou et qui dessinent sans que vous en ayez conscience. 
Tout est particulier dans ce récit, au bord du fantastique, un peu science fiction, avec des soubresauts classiques et des plongées dans l'étrange. C'est totalement singulier, un peu déstabilisant, par moments loufoques (les personnes se déplacent dans des troncs d'arbres ou en toutou, sorte de tronc mais à poil long...). Le sexe est toujours présent, jamais vraiment explicite, comme retenu mais ravageant intérieurement les personnages de désirs. J'ai suivi l'histoire avec étonnement, pas franchement passionné mais toujours étonné par les originalités du scénario. On sent que tout cela a un signifiant qui ne s'est pas livré à ma première lecture. Le problème est que je n'aurai pas envie de m'y replonger dedans pour en extraire la substantifique moëlle. 
Le dessin est au diapason de ce dispositif, nerveux et noir, bien que rehaussé par une palette de couleurs variées un peu passées. Certaines cases sont magnifiques mais j'avoue que le graphisme de Blutch, un peu rétro, ne me fascine aucunement.
Cet univers fantasmagorique autour de la bande dessinée m'a semblé être l'expression d'un mal être permanent, où le doute et l'angoisse de la page blanche, assortis d'une critique un peu lourde du milieu de l'édition, sont accompagnés d'un propos un peu obscur, rendant l'ensemble attachant par son originalité mais un peu poseur tout du même. On peut être réfractaire à cet exercice de style où chaque case est potentiellement porteuse de plusieurs sens. C'est un peu fatiguant à la longue parce qu'un peu hermétique tout de même et réservé à une élite (qui se gargarise déjà dans la presse qui distribue les bons points du bon goût). 
A réserver aux fans de science fiction (genre auquel je suis vraiment hermétique) et à tous ceux qui adorent se torturer l'esprit dans la recherche du sens caché des choses dans des oeuvres conçues pour eux. 



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