mardi 25 mars 2014

Tu te crois le lion ? d'Urial et Laetitia Le Saux


Un lion, franchement despotique, règne sur un peuple d'animaux soumis. Non seulement il se fait servir sans vergogne, en aboyant ses ordres et en se moquant de cette valetaille servile. Mais un beau jour, une pigeonne (pas si pigeonne que ça) file se couler des jours plus heureux en bord de mer. Elle sera suivie par d'autres animaux qui déserteront la proximité de ce trop puissant qui finira par se retrouver tout seul.
Pour de jeunes enfants, le conte est symboliquement simple : à vouloir jouer les chefs, on n'a plus de copains. Tous les maltraités de la cour de récréation pourront découvrir que la rébellion existe, qu'individuellement, avec un peu de cran, on peut s'éloigner de cette oppression en refusant tout contact avec le tyran. Le propos est donc intéressant, accompagnant au mieux le discours des adultes qui veillent sur les collectivités de jeunes enfants. Superbement illustré par Laetitia Le Saux (comme d'hab'), cet album me fait pourtant émettre quelques bémols.
Si l'on observe bien la situation et surtout la représentation des animaux rebelles, le jeune enfant s'aperçoit que l'on peut donc se libérer du joug d'un roi trop puissant et de passer d'une vie de labeur à une vie de oisif, genre retraités sur la Méditerranée. On voit ainsi les animaux se la couler vraiment douce au bord de la mer, allongés sur une serviette, les doigts en éventail, passant sans difficultés du tout travail à une totale inactivité, une vie de farniente où tout s'obtient (repas, jeux et belle vie) sans l'ombre d'un effort... Pourquoi pas ? Pas sûr que tous les fuyards d'un régime totalitaire aient une aussi belle vie... Je sais, je pinaille, les enfants n'auront pas cette vision, seulement l'envie de cesser d'être opprimés..
Deuxième et dernière petite remarque, qui concerne plutôt les éditions Didier Jeunesse. La qualité de leurs parutions n'est plus à démontrer. Cependant, je note depuis quelques temps, sur certains grands albums, une petite tendance à viser le rire un peu facile, voire gras dans les textes au travers d'expressions, de remarques ou (ici) des noms des personnages (Petit-tas-de-crottes, le mouton,, sac-de-bave, le chien ou Pue-du-bec l'autruche, ...). Bien sûr selon fonctionne forcément auprès des enfants, voire peut s'inscrire dans le conte comme un mépris supplémentaire du lion, mais je ne suis pas sûr que cela soit bien utile pour capter l'attention. Quand l'histoire est forte, bien écrite, cette petite surenchère rigolarde, pas vraiment indispensable et quelquefois un peu en dehors de la tonalité générale du texte, passe pour moi comme une petite insulte à leur intelligence. Ce moyen relevant plus d'une esthétique populiste est-il vraiment nécessaire ? Sans doute, si j'en juge les rires qui ont accompagné l'énoncé de ces noms fleuris lors de la lecture de cet album à un groupe important d'enfants de 5/6 ans  mais peut être au détriment du fond de l'histoire, ces surnoms rigolos ayant été les seuls éléments retenus par une bonne partie de l'auditoire. ("Dis, tu me racontes l'histoire où y'a Pue-du-bec ? ".
Quoiqu'il en soit, malgré ces petites remarques qui ne viennent nullement d'un lecteur du Figaro, mais de quelqu'un qui avait mis entre les mains des enfants "Tous à poil" dès sa sortie en 2011,  "Tu te crois le lion ? " est un bon album qui plaira à tous les enfants à partir de 4/5 ans. La fable est bien vue, les illustrations pleines de vie et de couleurs et le texte.... vivant (et très agréable à lire à haute voix).

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson