vendredi 27 mai 2016

Elle de Paul Verhoeven


Quand je suis ressorti de "Elle" , que les Inrocks auraient bien vu palme d'or, j'étais quelque peu dubitatif. Oui Isabelle Huppert est très bien  mais elle n'arrive pas à sauver ce kougloff épate bourgeois, un peu trop long, dialogué à la truelle et surtout noyé par une multitude de personnages aussi ridicules qu'inutiles.
Par où commencer pour expliquer ma déception face à ce film aux allures sulfureuses guère convaincantes ? Peut être dans la genèse du projet, qui devait au départ être tourné aux States pour finalement voir le jour en France, les acteurs américains ne voulant pas se commettre dans un film aussi licencieux. Là on pourrait être titillé et se dire qu'heureusement que la France, la patrie du cinéma d'auteur conformiste ou non, est là pour rattraper le manque d'audace ( surtout quand on parle de sexe). On peut en effet voir les choses de cette façon mais le scénario qui accumule les improbabilités peut aussi apparaître comme répulsif. La présence d'Isabelle Huppert et de toute une pléiade d'acteurs connus dans des seconds rôles semble confirmer peut être l'audace du star system français mais sans doute  la folle envie d'inscrire dans leur filmographie le nom du réalisateur de Basic Instinct et de Robocop et ce, quelque soit le projet. Qu'à Virginie Efira à gagner à jouer un second rôle de potiche catho intégrale et d'avoir à débiter des phrases du style : " Et si l'on commençait le repas par une action de grâce !?   " ou plus tard " Je peux mettre la messe de minuit ? " ? Elle est une des multiples personnages aussi inutiles que stéréotypés. En plus de la mèmère façon anti mariage pour tous, défilent le fils débile total, maqué avec une chieuse enceinte, un ex mari sans le sou, l'amant, mari de la meilleure copine , le tout évoluant dans le milieu du jeu vidéo et vivant dans de beaux pavillons. Du fric donc, de la branchitude et bien sûr du sexe. Ok, il s'agit d'un viol, pas de quoi faire naître des fantasmes sauf que la victime, Isabelle Huppert, prend cela avec une sorte de détachement étrange sensé mettre en éveil l'intérêt du spectateur. Après l'acte horrible, image forte et bien mise en scène, le scénario bâti pour nous mener dans de fausses pistes tout en installant l'ambiguïté, emprunte des chemins assez lourdingues, s'encombrant de situations inutiles, parfois peu plausibles, d'un passé plus que lourd, le tout enrobé de répliques risibles. Il faut dire qu'adapter le roman de Philippe Djian "Oh !" en film haut de gamme relève de l'exploit, tant l'histoire de départ ressemble à un scénar refusé de télénovela brésilienne. Et malgré le talent de sa comédienne principale ( et des autres aussi), Paul Verhoeven n'y arrive pas. Il a beau employer la star française dans une compil parfaite de tout ce qu'elle a donné ailleurs de sulfureux ( la force et la détermination glaciale comme chez Chabrol ou le sado masochisme chez Haneke) et revenir sur ses thèmes de prédilection ( le sexe déviant, la perversité, les lesbiennes ), l'ensemble est bien poussif et presque risible. Bien sûr on peut frémir devant la sexualité très particulière de certains de ses protagonistes mais l'enrobage totalement tarte et l'accumulation de scènes dont on ne sait si elles sont comiques ou simplement pathétiques font que le propos se trouve complètement vidé de sa puissance scandaleuse. Et l'on assiste, partagé entre ennui et moquerie à une pathétique histoire qui finalement ne défrisera que la ménagère amish du fin fond de l'Ohio ( et ça reste à prouver !).
On pourra trouver la mise en scène élégante ( les premières scènes sont très réussies), Huppert formidable ( c'est vrai) , seulement, à force de vouloir épater à n'importe quel prix, surtout en usant de cordes énormes ou déjà utilisées, on finit par laisser indifférent. Et épargnez-moi le discours du soit disant thriller féministe !  Les femmes du film sont soit des chieuses hystériques soit des copines un peu gourdes soit des vieilles cougars (qui ne peuvent que mourir). Quant au personnage d'Huppert, le seul intéressant et complexe, il peut tout même apparaître pour certain connards,  comme l'image idéale de la  femme qui quand elle dit non, veut dire oui !
Je redonne rendez-vous d'ici quelques mois. Une fois retombée l'hystérie cannoise, lorsque le film passera à la télé, on risque de se rendre compte que c'est un horrible nanar. Ce n'est pas parce qu'un réalisateur de blockbusters US tourne en français avec nos stars locales qu'il faut applaudir sans ouvrir les yeux.




5 commentaires:

  1. Bon alors décidément, on n'ira jamais au cinéma ensemble ;)
    Ce film est une vraie réussite !! Parce qu'il mêle avec réussite des personnages européens (écrits, très écrits!) et l'efficacité d'un blockbuster américains. Rare donc de conjuguer une telle originalité d'écriture dans les personnages ET une telle efficacité de prise de vue.

    Le personnage du fils, excessif dans sa nullitude et qui ne se rattrape pas, par exemple ne peut exister que dans un roman français. Le non evenement, le non sensationnel aussi (si tu regardes bien, il n'y a pas de drame que des gens qui tournent en rond) et le personnage d'huppert aussi n'existe pas habituellement au cinéma : un femme vraiment détachée, sans pathos, neutre... On ne croise ces gens là que dans les livres, pas au ciné.

    Pour dire autrement un film français sur le jeu vidéo eut été (le génial) "demonlover" du (genial) Assayas et dans un film américain, le viol aurait été un drame + un thriller haletant, la femme une victime forcement sauvée et dont le passé expliquerait le présent et le fils aurait forcement une révélation pour prendre enfin dans les bonnes décisions et les 5 fruits et légumes par jours et devenir le meilleur père du monde...
    Rien de tout ça ici : dans le rythme trépidant d'un cinéma américain on tourne en rond dans l'entre soi comme dans un film français... et c'est énorme.

    Ça m'a fait penser à Fritz Lang ou Dietrich à hollywood, à Louise Brooks qui rencontre Pabst bref le meilleur du mix de deux cultures ciné.

    Et oui mooooooooosieur ;)))

    Des bises quand même hein...
    yann

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    1. Yann, nous pouvons aller au cinéma ensemble mais faudra prévoir des sacs de sable et un médiateur si l'on ne veut pas s'étriper.
      Pas du tout d'accord avec ton analyse, évidemment.
      "Elle" n'a rien d'un blockbuster surtout au niveau rythme qui se rapproche plus de "plus belle la vie" au niveau rebondissements que de n'importe simili thriller US.
      Les personnages ne sont pas écrits, pas approfondis pour deux sous ( c'était déjà le cas dans le bouquin car Djian se contrefout de l'histoire et des personnages pour se consacrer au style). on leur a collé des dialogues impossibles ou hilarants ou débiles ( On fait dire à Huppert , 59 ans, ne pouvait baiser avec son amant à cause de ses règles ....)
      Pas d'accord non plus sur le personnage d'Huppert qui a déjà fait ça au moins 12 fois au cinéma ( bonjour l'originalité même si ici elle le fait très très bien), et les personnages de femmes froides, apparemment neutre et sans pathos apparaissaient déjà dans les films de Verhoeven, et si je cherche un peu ( mais là, ça m'échappe) depuis bien longtemps au cinéma ).
      Si ton analyse quant à l'impossibilité de filmer cela aux States est bien réelle, le film relève plus du coup de producteur que du grand film d'auteur. C'est surtout ni sulfureux, ni choquant, c'est plus proche des nuances de grey que de Chabrol ! Fritz Lang !!!! Pabst !!!! Tu te moques ? Pas un plan n'arrive au niveau d'une seule scène de l'un de leur film le plus mineur !
      Bon j'arrête... Nous ne serons jamais d'accord...c'est ça qui est rigolo ! Au moins, on sait quoi t'offrir pour te faire plaisir !
      Bises

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  2. hihihihihihi... ;)
    Je ne reprends pas, on est d'accord pour dire qu'on est pas d'accords mais pour Lang ou Pabst je les cite juste pour dire que croiser Europe (cérébrale) et Amériques (divertissante) ça donne souvent quelque chose intéressant (Lang à Hollywood ; Pabst et Louise brooks qui était LA star hollywoodienne). Mais je ne fais pas de comparaison de style evidemment...
    Bon et sinon a part le cinéma on n'est pas d'accord sur la chanson française non plus si je me souviens bien... Ton cas d'alourdit ;)))
    Des bises quand même!
    yann

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  3. Suite de Cannes vu du Mans, un an après, sans petits fours mais canapé! J'aurai moins d'appréhension à conduire la nouvelle Audi, ça a l'air solide comme voiture;-)Non, sinon plus sérieusement, il faisait lourd dans la pièce...Mais malheureusement,le temps n'y était pour rien...

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  4. Merci pour ce commentaire ...crypté ?

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