mercredi 25 mai 2016

Un enfant parfait de Michaël Escoffier et Matthieu Maudet


Attention, album à triple détente ! Michaël Escoffier au texte et Matthieu Maudet à l'illustration ont encore frappé et bien fort ! Cette couverture mignonne et sage qui rappelle un moment de course au super-marché, cache en fait ce que j'appellerai un album d'anticipation pour enfant à partir de 5 ans (avant, ils écoutent la lecture dans un silence intrigué, percevant déjà que se joue là quelque chose d'étrange qui leur échappe ), une histoire bourrée d'humour ( grinçant) et une étude sociologique pointue.
Il fait beau, Mr et Mme Dupré, tendrement enlacés, vont faire des courses dans un super-marché nommé "l'enfant roi". Ils viennent comme tous les parents achetés un enfant. Finies les FIV, les mères-porteuses, les adoptions, la société libérale a réglé une bonne fois pour toute la question, on les vend déjà fait. Snobant la promo du moment ( "Promo sur les jumeaux, le deuxième à 1 euro"), dédaignant l'enfant musicien au volume réglable  ou le bébé avec tétine réduisant des équations du troisième degré, ils veulent un enfant parfait ! La demande est forte sur ce modèle, le vendeur n'est plus certain d'en avoir encore en stock. Bingo, il en reste un , un peu grand déjà mais gentil comme tout et prénommé Baptiste. Un petit tour à la caisse et l'affaire est faite, la famille s'agrandit. Le nouveau papa pour fêter ça propose de manger une barbe à papa...que décline la progéniture parfaite sous prétexte qu'il vaut mieux éviter les sucreries si on veut conserver des dents en bonne santé. Un enfant parfait, on vous l'avait dit et la suite vous le confirmera sauf que la perfection a ses limites que les parents et les fournisseurs n'imaginent pas.
"Un enfant parfait" surprend pour mieux interroger son lecteur. Les plus petits, à qui il est sensé s'adresser, ne manquent pas d'être interloqués, voire un peu mal à l'aise au fur et à mesure que l'histoire se déroule. L'imagerie proposée, autant celle de l'enfant parfait que des parents, déstabilise et décale le discours ambiant autour de la famille. Le retour en est d'autant plus intéressant quand l'album est lu par une personne neutre. La parole fuse, interrogative et pleine de petites anecdotes personnelles. Tout se bouscule un peu dans leur tête de l'abandon par papa et maman à la notion de perfection en passant par "les enfants ne s'achètent pas mais viennent dans les ventres des mamans".
Les parents qui tomberaient sur cette histoire si bien sentie, pourraient trouver l'histoire délicate à faire passer, le soir, dans le confort douillet de l'histoire lue avant de s'endormir.
Personnellement ayant passer le cap du moment de l'élevage des enfants ( le terme va faire bondir, je le sens), j'apprécie que cet album impertinent soit aussi pertinent dans son regard sur la société. La recherche de l'enfant parfait calme, raisonnable, qui mange bien , qui dort comme un loir, qui brille à l'école semble au final illusoire sans la touche indispensable : des parents parfaits. On n'a pas l'un sans l'autre nous disent les auteurs ...mais la perfection est-elle de ce monde ? L'album nous le rappelle gentiment. Pas de morale ici, juste un renvoi vers nous adultes qui, si l'on en croit la dernière phrase, ne sommes pas du tout prêt à se poser certaines questions...  

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