mercredi 3 janvier 2018

Le grand jeu de Aaron Sorkin



Voici un film qui semble sortir à point nommé après l'affaire Weinstein et le questionnement autour de l'image de la femme dans le monde et au cinéma.  Imaginez une héroïne intelligente, belle, qui réussit dans un monde d'hommes sans avoir à offrir son corps. Vous l'avez rêvé ?  Hollywood l'a fait ! Woaw,  la bonne nouvelle ! Précipitons-nous vite dans une salle projetant le film ! Ne nous emballons pas toutefois. "Le grand jeu" n'est pas une curiosité à ce point. Molly Bloom, l'héroïne du film a beau diriger de main de maître un tripot clandestin réunissant que des hommes fortunés et de pouvoir et si elle paraît se rajouter à la longue liste de consœurs qui ont eu droit à un traitement équitable à l'écran, il reste à prouver qu'il y ait une once de féminisme là-dedans. Certes la publicité autour du film essaie de nous vendre une femme forte mais au final le film ne se démarque en rien de la production habituelle de ces supposés grands films qui déboulent sur nos écrans à l'approche des Oscars et du rôle de la femme
"Le grand jeu" est une sorte de biopic sur une organisatrice de parties de poker où des millions de dollars s'échangent lors de parties secrètes et clandestines. Comme la marque de fabrique du réalisateur / scénariste  Aaron Sorkin reste les grands dialogues soi-disant rythmés, nous n'y coupons pas, tout comme à son autre péché mignon : la voix off qui narre l'histoire. Si les échanges entre spécialistes du poker apparaissent parfois un peu obscurs, la voix de Jessica Chastain possède l'avantage de nous garder éveiller et de ne pas nous faire perdre le fil de l'histoire, histoire par ailleurs platement illustrée comme un bon téléfilm  et rythmée comme toute série présentable.  Côté réalisation rien de nouveau donc surtout que l'on nous ressert cette morale bien US de la "winner" dont la gagne irrigue le sang depuis l'enfance. Et la gagne aux States ça paye ! Si on chute, on se relève, encore plus forte ! Et si par hasard on flirte avec le délictueux, c'est toujours avec une belle honnêteté ! ( Si, si, si, Molly Bloom, fort sympathique, déroule sa longue liste de vraies valeurs à longueur de film). Et si on  tique quand même un peu ( parce que bon le poker clandestin, c'est pas bien ), on se réfugie dans la justification psychologique de bazar et surtout bien pensante. En gros, si la petite chérie de son papa a un peu dévié du droit chemin, c'est parce qu'elle savait inconsciemment que son pôôpa avait trompé sa mère ! (Ah ces hommes ! ) . Bref, malgré les apparences,  rien de nouveau sous le soleil hollywoodien...
Le seul intérêt du film reste sans doute sa vedette féminine, celle qui a supplanté dans nos magazines féminins Jennifer Aniston ( Qui ça ? ) : Jessica Chastain, femme forte qui, hélas, n'échappe pas aux  stéréotypes habituels. Superbement rousse, arborant au moins une centaine de robes différentes et toutes généreusement décolletées, elle joue les femmes fatales mais froides avec un vrai charisme, c'est indéniable. Superbe à l'écran, tous les mecs riches qui tapent du carton dans son tripot apparaissent à ses côtés comme de vulgaires cageots. Glamour jusqu'au bout de la verroterie Chanel qu'elle arbore ostensiblement, elle sera doublement punie, d'abord par le FBI ( normal,...  mais pas trop quand même) mais surtout par son intelligence car elle n'aura droit à aucune liaison dans le film, même pas un(e) ami(e).
Les clichés sexistes ont donc la vie dure et ce n'est pas "Le grand jeu" qui les éliminera.





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