jeudi 4 janvier 2018

Le lion est mort ce soir de Nobihuro Suwa


Jean Pierre Léaud n'en finit pas de mourir à l'écran. Après "La mort de Louis XIV", voici encore un film où l'acteur tournicote autour de la mort, n'ayant cette fois-ci qu'un personnage devant la simuler.
C'est sans doute grâce à tous ces symboles sentant le sapin ( le césar d'honneur en 2000, une palme du même bois en 2016), que dorénavant on ne l'envisage plus que jouant avec la grande faucheuse.
Jouer est un bien grand mot pour Jean-Pierre Léaud qui n'est souvent que lui-même, sa personnalité vampirisant toute tentative de composition. "Le lion est mort ce soir" ne déroge pas à cette constatation, même s'il s'appelle sobrement Jean dans le film, c'est le comédien que l'on voit se déplacer difficilement, la bouche tremblotante mais l'œil toujours aussi vif. Il faut l'avouer, hormis l'émouvante impression que nous procure cet homme vraiment vieillissant, le film reste par ailleurs un OFNI ( Objet Filmique Non Identifié). Ce mélange de cinéma d'auteur et de recherche, jouant les citations, s'essayant à quelques filiations hasardeuses autour du cinéma, du théâtre, de la jeunesse, de la vieillesse et des fantômes du passé ne peut s'accompagner que par la prise avant la séance de huit expressos bien serrés sous peine de sombrer dans un sommeil ( pas éternel je vous rassure). D'ailleurs, par trois fois durant la séance, nous avons dû secouer deux spectateurs dont les  ronflements à réveiller un mort signifiaient bien que l'œuvre se classait d'emblée dans une catégorie dans laquelle on ne risquait pas d'apercevoir la frimousse joviale de messieurs Boon ou Clavier.
Avec ses nombreuses scènes, peut être improvisées, où des enfants tournent un film dans une vieille maison abandonnée dans laquelle Jean (Pierre Léaud) s'est réfugié et devient leur star d'un improbable tournage ( voyez le coup de coude signifiant),  le film traînasse pas mal, l'empathie quasi charitable que l'on éprouve pour l'acteur principal ne suffisant pas à meubler le vague scénario naît de l'envie folle du réalisateur d'avoir l'acteur mythique devant sa caméra. On perçoit parfois, noyée dans de pénibles scènes enfantines ( hé oui, ici les mômes ne crèvent pas l'écran) l'intention intello de l'auteur, mais ni la touche poétique qui affleure par moment , ni la tendresse de son regard ne parviennent à accrocher le spectateur. Reste une jolie et émouvante scène de fin, bel hommage au cinéma et à une figure légendaire du septième art.


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