samedi 5 mai 2012

Gringos locos de Yann et Olivier Schwartz


Ce n'est pas souvent qu'un album BD connaisse les malheurs de la polémique. Celui-ci, devait sortir en janvier dernier. Tiré à 35 000 exemplaires, il a failli finir au pilon suite aux protestations des descendants de Jijé, auteur fameux des éditions Dupuis qui a fait les beaux jours de Spirou dans les années 50. Ces derniers trouvent que la représentation de leur ancêtre dans "Gringos locos" est désobligeante et mensongère. Après trois mois de négociations, l'album paraît enfin (mais cette fois-ci avec un tirage de 45 000  exemplaires..!?!..) accompagné d'un petit fascicule de dix pages, exigé par les descendants et  rétablissant la vérité sur ce voyage et la vraie personnalité des personnages ayant servi de modèles.
Personnellement en tant que lecteur, je me moque un peu que Jijé soit représenté comme un Depardieu belge, jurant, vociférant, optimiste et calculateur. Il est devenu par la magie des deux auteurs Yann et Schwartz, un personnage plein de faconde et c'est là l'essentiel. 
Car, franchement, sans être un pur chef d'oeuvre, "Gringos locos" est un album vraiment réussi. Le périple américain en 1948 de trois futurs auteurs majeurs de la bande dessinée, Jijé (Spirou, Jerry Spring), Morris ( Lucky Lucke) et Franquin ( Gaston Lagaffe),  pour peu que l'on soit un peu passionné par le neuvième art, est un régal. Quant aux néophytes ils prendront un vrai plaisir à découvrir cette épopée haute en couleurs. 
Coup de chapeau au dessinateur Schwartz et à son coloriste Fabien Alquier qui donnent à ces planches un air très année cinquante, véritable hommage aux créateurs représentés, à la fois nostalgiques et modernes. Un régal pour les yeux.
Le scénario de Yann, qui a travaillé avec Morris et Franquin et a recueilli leurs souvenirs, a su habilement mêler souvenirs et création. Les trois personnages aux caractères bien typés, deviennent ainsi de vrais héros de bandes dessinées et c'est, à mon avis, le plus bel hommage que l'on pouvait leur rendre. Jijé est truculent, doté d'un caractère enjoué et très sympathique, Morris est plus élégant, piquant et séducteur, Franquin rêveur et romantique. Leur voyage est jalonné de péripéties toutes plus drôles les unes que les autres et franchement réjouissantes.
Je ne sais pas si la suite de leur périple, bien qu'en cours de réalisation, arrivera à être publiée. Les auteurs sont sûrement refroidis par l'accueil des familles des illustres dessinateurs.Cependant, il ne faut pas hésiter à lire cet album original et joyeux, grand moment d'évasion et de nostalgie qui nous permet, en prime, de tout connaître de la genèse de Gaston Lagaffe.





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