dimanche 6 janvier 2013

Heureux les heureux de Yasmina Reza


Il ne vous a pas échappé qu'une des stars de cette rentrée littéraire de janvier est Yasmina Reza. Les premiers articles élogieux fleurissent dans la presse qui pense et lit bien (avec l'aide des attachés de presse des éditeurs), avec en tête de pont la une du "Monde " de vendredi et deux pages à l'intérieur.
Fine plume du théâtre, c'est certain qu'elle a le ticket auprès des journalistes. Mais "Heureux les heureux" son nouveau roman, est-il vraiment le chef d'oeuvre annoncé ? Est-il comme le dit "Le monde" le rire de la rentrée ? Son plus beau texte ? (Là, on ne s'engage pas trop. La formule est forte mais à quel niveau sont ses livres précédents ? )
Je ne vais pas tergiverser longtemps : j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, mais de là à ce qu'il soit inoubliable, il y a un pas que je ne franchirai pas.
Il est indéniable que Yasmina Reza a une jolie plume, qu'elle sait manier le verbe, les mots avec dextérité, qu'elle excelle dans l'observation du quotidien. Elle n'a pas son pareil pour ausculter ces petits moments de tous les jours, en faire surgir toutes les sous-couches, les non-dits. Que ce soit une après-midi  de courses dans un hyper-marché, les conversations dans une salle d'attente pour une radiothérapie, un tournoi de bridge ou la descente dans la folie d'un ado qui se prend pour Céline Dion, tout lui est bon pour disséquer ses personnages, leurs travers, leurs angoisses, leur humanité mais surtout mettre en évidence leur extrême solitude.
Ce qui jaillit de ce roman, c'est l'Homme, en plein XXIème siècle, même pourvu de smartphones, même et surtout en famille, même avec des amants, des maîtresses, est inexorablement seul, face à une vie finalement pas si belle et mesquine, qu'il devra supporter jusqu'à la mort. Ce n'est pas bien gai, malgré la pointe d'humour permanente qui se faufile dans ces petits sketches. 
Je parle de sketches, j'aurai pu dire nouvelles aussi, car ce livre met en scène une bonne dizaine de personnages, qui ne sont reliés entre eux que par des liens infimes. Chacun parle à tour de rôle, parfois deux fois, et raconte un événement particulier où d'autres protagonistes peuvent s'y trouver ou pas. D'où une grande multiplicité de lieux, de micro-événements mais aussi de personnages, éclairés différemment, révélant quelquefois des facettes divergentes. C'est un jeu littéraire plaisant et bien maîtrisé mais dont le procédé l'emporte un peu trop sur le fond. Oui, il y a beaucoup de subtilités dans la pertinence de ce regard. Oui, Yasmina Reza a une imagination débordante pour rendre passionnante chaque situation des plus banales aux plus originales. Mais une fois le livre refermé, la question arrive vite : Que va-t-il rester de tout ça ? Cette grande technicité n'est finalement qu'au service d'une  histoire aux personnages trop nombreux, sans une âme assez forte pour s'imprimer durablement dans l'esprit du lecteur. 
J'ai l'air de faire la fine bouche, de chercher à bouder mon plaisir, mais je ne voudrai pas faire croire que ce bon roman est un chef d'oeuvre. C'est un joli texte, bien ciselé, dans lequel le plaisir de lecture est évident mais auquel il manque ce petit quelque chose qui fait la différence, peut être un trop plein de virtuosité trop apparent. Cependant, sans conteste, ce roman est à lire ne serait-ce que pour se rendre compte de la vitalité des romanciers français actuels.

4 commentaires:

  1. J'ai un problème avec cette auteure, je n'ai jamais réussi à franchir le cap. Un autre livre m'attire toujours plus

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  2. j'ai bien accroché! elle a en effet une jolie plume, le style est savamment dosé(des sourires, bcp de tendresse,une pincée de tristesse) ; et puis j'aime bien les romans chorales

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  3. Oui d'accord avec toi, c'est quand même un belle galerie de portraits...

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  4. J'aimerais beaucoup découvrir cette auteur mais à la lecture de votre chronique, je me dis que ce n'est peut-être pas la meilleure œuvre pour me lancer. Laquelle me recommanderiez-vous ?

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Woman at war de Benedikt Erlingsson