samedi 1 février 2014

Le muret de Fraipont et Bailly


Loin des histoires haletantes, à mille lieues de leurs productions habituelles (Petit poilu notamment, pour ne parler que de la plus connue), Céline Frépont et Pierre Bailly, nous proposent une plongée très intimiste dans l'adolescence. A coup sûr, cet album est une nouvelle pierre à ajouter à cet édifice pourtant déjà joliment pourvu en oeuvres intéressantes qu'est la description de ce passage de l'enfance à l'âge adulte.
Rosie, 13 ans, se retrouve toute seule à la maison. Fille unique, sa mère est partie rejoindre un homme à Dubaï et son père très peu présent, souvent en déplacement, semble se réfugier dans son travail. Par ennui, malgré une amie assez proche qui bientôt la laissera tomber, elle découvre, à défaut de chaleur humaine, la sensation agréable de l'alcool, chaleur immédiate d'un accès facile. Et à force traîner son mal être, elle finira par rencontrer un jeune homme qui lui donnera un semblant d'estime et d'écoute. Passionné de musique mais aussi de vente de produits illicites, elle vivra auprès de lui quelques moments de partages ....
Histoire somme toute banale d'une dérive adolescente, "Le muret" parvient à attraper le lecteur et à ne pas le lâcher. Le récit tout en douceur, sans aucun jugement, tisse sa trame délicate, sans aucune surenchère mais avec une attention toute particulière à son héroïne. On la suit, on l'observe, on l'écoute, on découvre les vertus euphorisantes et chaleureuses du whisky, on ressent les vibrations apportées par les Ramones ou les Sonic Youth, on épouse petit à petit son mal être. Et le récit devient suspens, car moi, lecteur, je n'ai pas envie qu'elle plonge, Rosie. Je veux bien l'accompagner sur ce muret où elle noie son chagrin mais aussi où elle rencontre la vie et ses tentations faciles, mais je n'ai aucune envie qu'elle passe totalement de l'autre côté. Ce muret devient, en filigrane, le symbole du passage : basculera-t-elle ou pas ?
Parfaitement accompagnée par un dessin d'un noir et blanc profond de Pierre Bailly, qui n'est pas sans rappeler celui de Bastien Vivès, l'histoire navigue dans les eaux troubles de l'indécision, où les silences et la rupture du dialogue entre les générations sont les principaux ingrédients de la dérive. Heureusement, comme dans toute réalité, il existe des moments, des personnes, plus ou moins lumineux, qui, pour peu qu'on s'en saisisse, peuvent changer le cours des choses. Mais Rosie, toute enfermée dans sa solitude, son désarroi, saura-t-elle les voir ? Les saisir ?
C'est tout l'enjeu de ce récit, qui, appréhende avec une formidable acuité, cet âge de fragilité qu'est l'adolescence, terreau de toutes les expériences qui enracinent toute une vie. Une jolie réussite !





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