mardi 30 septembre 2014

Léviathan d'Andreï Zviaguintsev


Ce film coproduit par le ministère de la culture russe (dixit le générique) laisse comme un goût amer au spectateur. Oui, la Russie, ici le fin fond, loin, au Nord, puisque l'action se situe sur les bords de la mer de Barents, la Russie donc, c'est bien ce que l'on imagine, de la vodka pour réchauffer le corps, les âmes mais surtout pour oublier la corruption, une vie sinistre sans issue, une société au bord du gouffre comme l'évoque le titre.
Dans des paysages à la beauté âpre, un couple se bat contre l'expropriation de leur maison placée sur un endroit convoité par un maire mafieux qui projette une opération immobilière fort juteuse. Kolya, l'homme, fait venir de Moscou un ami juriste pour l'aider...
La première partie du film va nous conduire dans les arcanes de l'administration russe qui n'a rien perdu de son opacité. De longues scènes de confrontations avec les différents membres des autorités locales vont nous brosser un portrait sec et cinglant de l'état de déréliction de cet immense pays.
Puis le film va basculer petit à petit vers les humains, qui eux aussi vont être pris dans les mailles d'un filet construit de leurs propres failles, rendant ainsi le propos encore plus convaincant.
Un peu lourdement suggestif parfois (oui, on a compris, toutes ces épaves de bateaux pourrissantes, ce squelette de baleine gisant sur la plage, c'est la Russie d'aujourd'hui), un peu lent aussi et contemplatif, le film peu paraître un peu longuet. Parfois aussi on se dit que ces litres de vodka ingurgités par les personnages, cela fait cliché. Et que dire de ce pique nique qui ne ressemble en rien à un déjeuner sur l'herbe bien français, puisque se déroulant dans un endroit aussi sinistre que venteux et dont l'activité principale, en plus d'écluser l'alcool local, est de dégommer des bouteilles à la carabine ou à la kalashnikov ?  Cependant, on finit par s'attacher à ces hommes et femmes et à leurs différents combats, peut être grâce à l'humour très noir disséminé çà et là mais surtout à la mise en scène ample, caressant autant  une nature froide mais magnifiée que les personnages qui s'acheminent vers un désespoir inéluctable.
Film exigeant "Léviathan" nous donne une vision de la Russie de ce début de siècle extrêmement pessimiste. On sent bien que le ministère du tourisme ne l'a pas produit car on en ressort pas vraiment partant pour en faire notre prochaine destination de vacances... et avec l'horizon inquiétant d'une nouvelle révolution en 17 ?



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