jeudi 1 octobre 2015

Maryland d'Alice Winocour



Matthias Shoenaerts au cinéma, c'est une présence musculeuse qui remplit l'écran. Ici, dans "Maryland", il est un soldat revenu entier d'Afghanistan, mais démoli dans sa tête. Il abuse de substances pas catholiques, possède un petit arsenal chez sa maman et pour combler son ennui tout comme ses fins de mois, travaille comme vigile lors de soirées mondaines chez de riches personnalités. Sujet à de longues habitudes guerrières, il est toujours aux aguets, la narine frémissante, la main prête à dégainer le poing ou le flingue. Le hasard veut qu'il aille garder la femme d'un riche business man pour lequel il avait déjà surveillé une soirée et remarqué quelques agissements louches. L'épouse esseulée suite à un voyage en Suisse de son époux, se révèle très jolie, désirable. Malgré les allures de forteresse de la propriété, les supputations par le garde du corps d'un danger potentiel se révèlent exactes et la violence va faire irruption. Entre deux coups de pétards,  Vincent (le garde du corps, qui se fait appeler Vince, plus viril) pas insensible aux charmes de cette femme, se prend à rêver d'un possible amour bien illusoire avec cette jolie blonde diaphane en jogging...
Je suis un peu partagé sur ce film. Visuellement c'est réussi mais le doute persiste sur le fond. Plusieurs pistes sont offertes au spectateur, mais aucune n'est réellement aboutie. On peut y voir le portrait d'un soldat fracassé par la guerre, une illustration policière de la lutte des classes et de son fossé quasi infranchissable, un polar plein de testostérone voire une histoire d'amour où Kruger et Schoenaerts jouent un remake de King Kong à la sauce thriller. Pour les plus intellos, les thèmes de l'enfermement et du déferlement de la violence animale peuvent être aussi une entrée. Cette multiplicité peut surprendre, mais est du au fait que la réalisatrice nous projette complètement dans la tête de ce soldat qui a bien du mal à comprendre ce qui se passe autour de lui. Il sent qu'il y a du danger, des méchants qui rodent mais sans saisir leurs buts et leurs raisons. Nous non plus dans notre fauteuil, on ne comprend pas bien. Le propos divague un peu mais c'est sans doute ce mystère qui rend les scènes de violence encore plus spectaculaires et terriblement efficaces. Pour cela, on ne peut que féliciter Alice Winocour pour sa mise en scène punchy, même si quelques invraisemblances viennent un peu gâcher l'atmosphère énigmatique du film, tout comme la musique, surjouant les scènes d'action, fait souvent passer en arrière plan un très joli travail sur le son.
Matthias Schoenaerts, de toutes les scènes et filmé de très près, occupe virilement l'écran comme à son habitude, mais il va lui falloir penser à ne plus trop accepter des rôles de taiseux musculeux, on va finir par friser l'overdose. Diane Kruger, toujours aussi jolie, essaie de donner un peu de consistance à un rôle écrit à la louche et sans inspiration afin de le sortir de l'ornière de la belle potiche blonde.
Alors faut-il y aller ou pas ? C'est selon vos envies. Vous pouvez être comme les deux blondasses qui étaient devant moi. Elles étaient venues pour mater Matthias tout en bouffant du pop corn XXL.... et ont gloussé comme des dindes uniquement quand il apparaissait torse nu ( ok deux fois dans le film ). C'est le seul moment où l'on n'a pas entendu craquer le pop corn. Mais vous pouvez aussi y aller pour vous rendre compte que la jeune génération de réalisateurs français ne manque pas d'audace. Et même si le film n'est pas, pour moi, complètement abouti, il est une preuve de cette vitalité qui fait plaisir à voir.



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