dimanche 11 octobre 2015

Le renversement des pôles de Nathalie Côte



Le roman débute agréablement. Un style sautillant voire mordant nous présente deux familles de la classe moyenne dont les vacances se déroulent dans une de ces résidences impersonnelles, où la mitoyenneté horizontale des logements autour d'une piscine toute aussi mitoyenne, symbolise les aspirations consuméristes de nos contemporains. La famille Bourdon rêve de pouvoir consommer plus. Vincent, le père, cède aux sirènes d'une certaine Jeanne, animatrice virtuelle d'un site de paris en bourse tandis que son épouse rêve de camoufler un physique qu'elle juge peu avantageux car non conforme aux images véhiculées par l'époque, dans un magnifique 4x4 acheté avec un crédit qui s'ajoutera aux autres, quitte à frôler le surendettement. La famille Laforêt avance dans la vie de façon toute aussi périlleuse. Son union, issue d'un certain nombre de compromis  peu glorieux, bat de l'aile. Claire pense divorcer et les vacances seront l'occasion pour elle de connaître d'autres bras, d'autres plaisirs. 
La situation bien plantée, le roman s'achemine ensuite sur des chemins nettement plus balisés. Le style incisif du début  s'efface peu à peu pour laisser la place au récit assez conventionnel de ces vacances de tous les dangers. Les personnages se débattent dans un quotidien où le soleil ne leur fait pas oublier que l'être vaut peut être mieux que le paraître. Ils vont avancer cahin-caha vers un avenir assez illusoire où l'argent reste toujours le nerf de la guerre. 
La description de la dépendance des familles moyennes françaises est un thème qui aurait pu être porteur. Nathalie Côte a un joli brin de plume mais n'arrive pas complètement à  amalgamer critique sociale, humour et bâtir une histoire originale. Le récit des amours adultères est assez convenu  et les déboires de l'apprenti trader pas franchement passionnants. Et quand soudain vers la fin du roman, l'auteur devient un peu plus politique, cela tombe un peu comme une rondelle de citron dans une piscine, on s'en fiche un peu. 
Jolie démarche que d'essayer de nous faire entrer dans le quotidien de cette frange de la population qui a une vie confortable mais entraînée dans la course du toujours plus. "Le renversement des pôles" n'est pas du tout " la critique houellebecquienne " annoncée par l'éditeur, juste une tentative pas désagréable mais trop hésitante pour pouvoir prétendre s'approcher du maître du genre. 


Roman lu dans le cadre de "Masse critique" du site Babelio, le site de tous les  lecteurs. 

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