mardi 21 mars 2017

Une femme au téléphone de Carole Fives


Carole Fives dresse-t-elle le portrait de sa mère ? On pourrait le croire, car cette femme au téléphone, évoque souvent sa fille romancière ... Quelque soit la source d'inspiration, le roman ne peut que résonner auprès de tout lecteur, tellement son réalisme grinçant évoque forcément des moments, des paroles entendues et formulées autour de soi.
Charlène, la petite soixantaine, téléphone à sa fille. Des échanges qu'elle a, nous n'aurons que la partie de la mère. Aigrie, méchante, suppliante, bipolaire, exigeante, versatile,  geignarde, quémandeuse, menaçante, Charlène a toutes les qualités pour participer au concours de la mère la plus toxique de France. L'amour filial reste un lien insondable car sa fille lui répond parfois.... 
En quelques presque 100 pages, le portrait tracé de cette femme par Carole Fives nous émeut, nous étonne, nous fait rire, nous rappelle quelqu'un  mais surtout impressionne par cet accent de vérité, par ces mots que l'on croit réellement entendre tellement ils semblent fidèlement transcris. 
Le roman ne se résume pourtant pas à quelques conversations irascibles qui pourraient tomber dans la banalité. En filigrane de cette acrimonie déversée sans gêne, apparaît  la biographie (certes éclatée) de cette Charlène, son enfance, ses échecs amoureux, l'élevage de ses enfants. Le personnage prend forme de plus en plus précisément. Certains sans doute auront un peu de sympathie pour elle, sa solitude, son cancer jouant en sa faveur. D'autres, grinceront des dents à la lecture de ces mots si réalistes, entendant sans doute leur propre mère. D'autres encore, se régaleront simplement de découvrir un personnage haut en couleur, comique involontaire, un peu nymphomane sur les bords, en tout cas tout le temps branchée sur des sites de rencontres et s'acoquinant avec de pauvres hommes improbables mais aussi martyrisant sa copine Colette ou sur le point d'empoisonner le chien du voisin. 
"La femme au téléphone" malgré sa brièveté recèle des trésors d'écriture réaliste et dresse le portrait saignant d'une mère que l'on ne souhaite à personne. Un court roman que l'on prendra plaisir à lire...

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