dimanche 23 octobre 2011

La chambre à remonter le temps de Benjamin Berton

Voilà un roman que je n'avais pas envie de lire à cause de son titre, un peu trop fantastique à mon goût (je n'adhère pas du tout au genre), mais le résumé mis en ligne sur le site de l'éditeur Gallimard, laissait présager autre chose qu'une évocation de l'univers de Welles. Détail intéressant, l'action se situe dans ma ville et qui plus est, dans mon quartier.
L'histoire est banale. Un couple de trentenaire, gentiment bobo, s'installe pour des raisons de commodité dans une petite maison tranquille au Mans. L'ennui s'installe progressivement dans la vie de ce couple malgré l'arrivée d'une petite fille. Le narrateur, voulant mettre un peu de piment dans son quotidien, se joint à un groupe de voisins qui zonent la nuit pour protéger leur quartier du vandalisme.
Et la chambre du titre me direz-vous? Elle existe bien sûr car notre héros va s'en servir pour voyager dans un futur ou un passé proche notamment pour assouvir un petit fantasme extra conjugal.
Au final, j'ai beaucoup apprécié la description de la vie de ces trentenaires. Benjamin Berton n'est pas un écrivain aimable, il parle sans fard, sans concession, avec la précision d'un entomologiste, montrant du doigt les vilaines petites choses, les rancoeurs. Son héros, qui est loin d'en être un, n'est pas vraiment sympathique, tout à tour méprisant, lâche, misanthrope, il se débat dans un quotidien qu'il exècre de plus en plus. Mais, malgré tout, on le suit dans son parcours grâce à une très belle écriture, car, ici, on a affaire à un vrai écrivain. On est très loin de Mme Pancol, plus près de Michel Houellebecq.
La lecture de ce livre est hautement recommandée pour la pertinence et l'acuité de ce portrait de la vie dans ce début de 21ème siècle.
Et la chambre du titre me redemandez-vous? Heureusement pour moi, elle n'occupe que le quart de l'action, donnant un petit côté fantastique pas vraiment désagréable dans cet univers si étriqué  mais qui, à mon avis, n'est pas la partie la plus réussie.
Pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire un de ces nombreux paragraphes grinçants qui jalonnent ce livre et qui vous fera peut être comprendre pourquoi il est peu probable que Benjamin Berton reçoivent, un jour, une médaille des mains du maire du Mans.
"A la fin du mois d'août, nous (...) reprîmes la direction du Mans. L'entrée dans la cité cénomane, même après des semaines de pluie, n'était pas réjouissante. Les faubourgs de la ville étaient d'une laideur spectaculaire. Elle vous tombait dessus comme la lame d'une guillotine. Les maisons étaient grises et mal conçues. Les immeubles étaient anciens et mal bâtis. Si le centre-ville était à sa manière agréable et plutôt bien entretenu, la banlieue était dédiée au commerce et aux habitations de seconde zone. J'avais l'impression parfois qu'on avait confié pendant des années la politique d'urbanisme à l'un de ces types décérébrés qui passent leur temps à construire des cabanes en tôle dans leur arrière-cour pour y accumuler des bouts de ferraille et des carcasses de voitures au cas où ils serviraient un jour. (...) Les arbres étaient taillés par des jardiniers qui coupaient les cheveux des taulards en temps ordinaire. Les cimes pelées ressemblaient à des brocolis géants. Les plantations étaient sèches comme de la paille de fer."
Et la vie du couple est traité de la même manière....

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