vendredi 24 janvier 2014

Le vent se lève d'Hayao Miyazaki


Je suis un peu circonspect par rapport à ce dernier film du maître Hayao Miyazaki. Renonçant à ce qui a fait son succès, c'est à dire ses histoires féériques et fantastiques, il nous propose une oeuvre beaucoup plus classique, quasiment un biopic en dessin animé. En narrant le parcours de Jori Horikoshi, créateur d'un redoutable avion pour l'armée japonaise lors de la deuxième guerre mondiale, il remise ses monstres délicats, ses univers oniriques pour se confronter à la réalité de la création et à la romance. On peut, si l'on a envie, faire des parallèles avec la vie du réalisateur, y voir une oeuvre aux accents testamentaires qui met en avant le goût profond du cinéaste pour les avions des années 30. C'est une manière de rendre ce film plus intéressant et plus profond. Cependant, je l'avoue, les deux heures six minutes de projection m'ont paru un peu longuettes.
Bien sûr, visuellement c'est très beau. On retrouve la magnificence des décors, la  luxuriance d'une nature rendue encore plus belle par un choix de couleurs digne de grands peintres (classiques), la  beauté des ciels aux nuages moutonnants. Cependant, comme je me suis un peu ennuyé, j'ai eu le temps de noter, parfois, une animation des personnages un peu mécaniques ou des plans leur donnant des proportions étranges voire impossibles (la scène de l'avion en papier avec la fragile Naoko, se penchant au balcon). Ce ne sont que vétilles bien entendu, mais ceci me serait passé inaperçu si le scénario avait eu un peu plus de profondeur. L'esprit totalement accaparé par sa  passion de l'aviation, le héros semble avancer dans la vie sans regarder autour de lui. Son cheminement technique, même entrecoupé de très jolis rêves aériens, peine un peu à nous subjuguer. Sa myopie l'isole sans doute encore plus du monde environnant, l'empêchant également de réfléchir quant à l'utilisation de ses créations, mécaniques de guerre pour une armée fasciste. On peut y voir également un hommage au travail de groupe et à la créativité mais dans ce contexte, il a beau multiplier les plans plus formidables les uns que les autres sur ces magnifiques avions, la pilule n'est pas passée complètement.
L'autre gros morceau du film est l'histoire d'amour entre le héros et la sensible Naoko, empreinte d'une jolie poésie autour du vent qui nous offre de splendides scènes avec brise, orage, parapluies et ombrelles. Cependant, on flirte dangereusement avec la romance mièvre et gnangnan (l'une des faiblesses de certains Miyazaki), portant le film vers le mélo larmoyant et occultant, encore une fois, la réalité japonaise de l'époque pour n'en garder qu'une vague toile de fond totalement édulcorée.
On pourra me rétorquer que le propos du film n'était pas de faire une fresque historique à partir de ce concepteur finalement très doué, mais sans doute un autoportrait du réalisateur, créateur passionné qui a consacré sa vie à ses studios et qu'en cela c'est parfaitement réussi. Sans doute, mais une autre toile de fond moins ambiguë aurait vraisemblablement habillé mieux ce projet.
"Le vent se lève" reste tout de même un spectacle magnifique mais à la facture classique. On y retrouve toujours cette poésie et cet amour de la nature mais cette fois-ci au service d'une histoire réaliste qui a peur d'être trop profonde, comme si on ne pouvait pas traiter en dessin animé un récit adulte. Je suis resté sur ma faim, mais j'ai quand même senti le vent s'engouffrer dans la salle. Toutefois, cet ultime long métrage n'est pas le chef d'oeuvre annoncé et est bien en deçà de ses précédentes productions.


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