jeudi 2 janvier 2014

Nymph()maniac, part 1 de Lars Von Trier





Amateurs de porno, passez votre chemin , Lars Von Trier vous a bien eu, il n'y a rien pour vous dans son film. En sale gosse roublard et joueur, il vous a fait croire, grâce à internet, que son film regorgerait d'actes sexuels non simulés, interprétés par des stars. Il a joué la promo à fond, flattant les bas instincts, multipliant les annonces de censure, plaquant sur son affiche ses acteurs photographiés en plein orgasme. Arrivés dans la salle, apparaît tout de suite un carton annonçant que la version que nous verrons est en partie expurgée, censurée.... Exit donc les plans gynécologiques et autres pénétrations. Faux ? Vrai ? Est-on encore dans le jeu ? Peut être... Tout de suite après le titre du film, un écran noir, durant une bonne minute, avec juste un petit bruit en fond, comme pour se laver la tête et les yeux de cette promo infernale, comme une page blanche sur lequel le vrai film va pouvoir enfin s'écrire.
Un homme un peu âgé, trouve dans une arrière-cour sombre  une femme au visage constellé de coups. Il la ramène chez lui, appartement miteux et austère et s'occupe d'elle. Un dialogue s'instaure entre eux. Elle se dit nymphomane donc mauvaise et lui raconte vers où sa maladie l'emporte. Lui positive , ne voyant dans cette course au sexe qu'un parallèle entre son goût pour la pêche ou pour les oeuvres polyphoniques de Bach.
Cette première partie, divisée en cinq chapitres est tout simplement ébouriffante et stimulante pour tout spectateur qui aime se faire bousculer un petit peu et pas seulement se laisser conter une histoire. C'est foisonnant, dérangeant, agaçant, passionnant, vibrant, bandant (seulement intellectuellement), vivant. On a l'impression que Lars Von Trier est dans son laboratoire et cherche encore à inventer un nouveau cinéma. Il expérimente des formes narratives, les mixe en ajoutant des références aussi diverses qu'un traité de pêche à la mouche du 17 éme ou la musique d'un groupe de métalleux allemands peu recommandables. Il théorise (quelque fois de façon fumeuse), il agace (avec des redondance aux images trop illustratives), mais surtout il passionne par cette exubérance à filmer comme personne, se moquant des bien-pensants, des donneurs de leçons, des apôtres du bon goût. Oui, il est question constamment de sexe, sous un jour pas des plus aimables,  mais ce que l'on retiendra surtout de cette première partie ce sont les échanges empreints de douceurs entre Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgärd (impeccables) et surtout deux chapitres absolument fascinants : la mort du père et celui intitulé "Madame H" avec une Uma Thurman sublime dans une espèce de vaudeville cruel et grinçant.
On sort des  deux heures de projection la tête pleine d'images et surtout d'interrogations. C'est tellement foisonnant, tellement bourré de références, tellement original dans les décors, la mise en scène, que l'on est parti pour des heures de discussions intenses. Du titre, avec les deux parenthèses en forme de vulve,  à la dernière scène, qui, comme dans le meilleur des feuilletons nous donne envie de voir la suite, Lars Von Trier prouve encore une fois qu'il est le réalisateur de tous les excès, mais avec ce petit plus qui fait qu'il nous passionne : le talent d'un sale gosse qui ose regarder le monde comme peu de cinéastes actuellement.




2 commentaires:

  1. Il est vrai que la bande annonce vue récemment au cinéma ne m'a pas donné envie d'aller voir ce film. Ce que tu en dis m'y incite davantage

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  2. Oui, la bande annonce est à la fois violente et très sexe... Bien sûr, c'est dans le film, mais monté comme un clip, cela est un peu agressif, alors qu'à l'écran ça l'est un peu moins quand même (quoique la deuxième partie s'annonce plus violente).

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Woman at war de Benedikt Erlingsson