lundi 5 mai 2014

Somerset Maugham de Jean Paul Chaillet


Qu'est-ce qui pousse à écrire aujourd'hui sur cet auteur anglais un peu tombé dans l'oubli qu'est Somerset Maugham ? Romancier et nouvelliste à succès jusqu'à la fin des années 60, ses oeuvres sont depuis tombées petit à petit dans un oubli distingué, resurgissant sporadiquement dans un titre de chanson de Souchon (Somerset Maugham en 1981), l'an dernier en bande dessinée (Villa mauresque par Floc'h et Rivière ) ou encore adaptées au cinéma (Le voiles des illusions en 2007).
En retraçant sa vie dans cette minutieuse biographie, Jean Paul Chaillet fait finalement le portrait type d'une personnalité qui a tout pour devenir (et est peut être déjà) une icône gay. En effet, bien qu'ayant cherché toute sa vie à dissimuler ses amours homosexuelles, notamment en brûlant avant sa mort tout écrit un peu compromettant qui aurait pu tomber entre les mains d'un éventuel biographe, Somerset Maugham a toutes les caractéristiques pour accéder à ce statut. Excellente éducation à l'anglaise, médecin, homme de théâtre, romancier, agent secret, grand voyageur, il a eu durant sa longue vie à défaut de la beauté (mais cela est subjectif), gloire et amours. Amours au pluriel, car, même s'il a été marié et père d'une fille, il a connu, après être passé dans les bras de jeunes femmes, de nombreuses aventures masculines tout en restant de longues années avec deux hommes présentés comme ses secrétaires particuliers. Cette liberté sexuelle, à une époque où l'homosexualité était un crime, est doublée par une très grande acuité à sonder l'âme des humains qu'il rencontre lors de ses nombreux périples et que l'on retrouve dans tous ses écrits.
Au delà de cette description assez intime, Jean Paul Chaillet nous brosse également le portrait très précis de ce que pouvait être la vie d'un grand écrivain au XXe siècle. Débutant sous le règne de la reine Victoria, il aura traversé, en grand écrivain, plus de la moitié du siècle, devenant même après la seconde guerre mondiale une sorte de star de la littérature, gérant sa carrière en alliant business, contrôle de son image et littérature.
Qu'est-ce qui pousse en 2011 un lecteur lambda à se plonger dans la biographie de cet auteur que certains qualifient de seconde zone ? La nostalgie et la curiosité vous répondrai-je .
La nostalgie, parce que je suis assez vieux pour avoir lu Somerset Maugham dans ces éditions du livre de poche aux couvertures illustrées de dessins surannés. Les romans ne m'ont guère marqué mais je me souviens par contre du plaisir que j'ai éprouvé vers 14/15 ans en lisant " le fil du rasoir". Il avait un parfum d'interdit car ce devait être le premier bouquin dit pour adultes dans je lequel je me plongeais ! Certes ce n'était pas " Emmanuelle" ni "Le con d'Irène" loin de là, mais ce petit frisson m'amène 40 ans plus tard à retrouver son auteur dans cette biographie.
Quant à la curiosité, elle vient de ma lecture cet automne de la BD de Floc'h et rivière citée plus haut dont le contenu un peu succinct m'avait laissé sur ma faim.
En refermant l'ouvrage très complet de Jean Paul Chaillet, ma curiosité est satisfaite. Le grand écrivain anglais qui appréciait la France pour sa déférence envers les gens de lettres, apparaît dans sa vérité. Pas sûr qu'il l'ai réellement souhaité. Pas sûr non plus que ses écrits retrouvent le chemin des rayonnages. Reste l'homme, personnage attachant et singulier qui a écrit dans un récit autobiographique : " Les gens que j'ai le plus aimés sont ceux que je n'intéressais que peu ou pas du tout, et quand j'ai été aimé, j'ai éprouvé de l'embarras..."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson