dimanche 15 janvier 2012

Ah. d'Emma Reel

Cette semaine, j'ai succombé aux chants de la modernité, j'ai lu le premier livre publié uniquement pour les tablettes ou les liseuses par les éditions du Seuil. Ne cherchez pas "Ah." en librairie, en version papier, ça n'existe pas.
Passés les petits tracas pour parvenir à lire l'oeuvre sur mon ipad, il faut télécharger au moins deux applications supplémentaires pour y arriver, je me suis donc plongé dans ce récit (?) présenté comme labyrinthique...
Avant d'entrer dans le vif du sujet, sachez que ce roman est composé de 52 pages, divisé en  8 chapitres de 3, 4 ou 4 pages , ce qui porte le nombre de pages lisibles à 32 car il faut déduire la couverture, le sommaire, les pages grisâtres où apparait le nom de l'auteur, quelques illustrations et citations. Le tout pour 7,99€ ! 0,40€ la page ! Ce qui porterait, en livre classique, "Limonov" d'Emmanuel Carrère à 192€ ! Vive la modernité !
Oui me direz-vous, mais le texte, le sujet, sont sûrement d'une grande qualité, d'une originalité à couper le souffle.
Ma réponse sera franche et sans détour : NON ! ( On sent le gars dépité de s'être fait gruger de quelques euros avec un livre qu'il ne peut même pas revendre chez un bouquiniste, autre revers de cette pseudo modernité.)
Le propos, un peu décousu, de ces huit portraits ou lettres, est assez ténu mais pédant. Une femme s'adresse à différents hommes qu'elle a connus, tous lettrés, riches voire célèbres (sauf un mari camé) , pour évoquer l'émoi que leur relation a provoqué chez elle. Bon, elle ne jouit principalement qu'avec les mots, à condition qu'ils soient prononcés par des érudits, jeunes ou vieux et si possible riches (ça doit aider). Elle semble mener quelques jeux vaguement libertins à partir d'annonces passées sur internet. Les rencontres apparaissent furtives, légères voire peut être virtuelles. Ca se veut distingué, intelligent mais c'est surtout inintéressant et rasoir. Le texte, pas trop mal écrit au demeurant, est un cocktail de phrases un poil alambiquées, d'érotisme et de notations branchouilles.
Mais ce qui, selon l'éditeur, fait ici la différence, ce sont les mots imprimés en bleu (lien hypertexte) qui, si l'on pose son doigt dessus, nous amènent brusquement vers un autre chapitre. J'appelle ça sauter du coq à l'âne, car je ne suis qu'un lecteur ringard et inculte, alors qu'Emma Reel, l'auteur, nous parle, elle, de lecture labyrinthique, d'univers ludique et ironique, sûrement pour faire voler en éclat la littérature de grand-papa. Pourquoi pas ? Franchement, ce ne doit pas être pour moi, car pour avoir essayé la lecture dans tous les sens, je n'ai nullement vibré, ni trouvé aucun intérêt à cette fonction, seulement ressenti un ennui profond.
Ce roman qui se place sous la protection de Michel Foucault, ne m'a pas du tout convaincu. Quand l'auteur, vers le fin, écrit : "Pardonne-moi Mon Cher Mari. J'étais prétentieuse de vouloir mener une carrière brillante quand tu peinais à vivre sans rien faire. Au moins tu m'as appris l'humilité."... Ce devait être il y a bien longtemps, car, s'il y a bien un sentiment qui ne se dégage pas de ce salmigondis insipide, c'est bien celui là !




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Woman at war de Benedikt Erlingsson