mercredi 4 janvier 2012

Formose de Li-Chin Lin

Ce que je trouve formidable avec  le roman graphique, c'est qu'il me permet de lire sur des sujets que je n'aurai pas forcément eu l'envie d'explorer sous la forme classique du livre/document. Ainsi beaucoup d'auteurs nous donnent des nouvelles du monde de façon plaisante mais non simpliste (Guy Delisle, Charles Manson, Marjane Satrapi en sont les parfaits exemples) avec un bonus non négligeable : le dessin qui permet d'exprimer de façon plus frappante toute la gamme des sentiments et des émotions.
Avant la lecture de "Formose", je n'avais, je l'avoue, qu'une idée vague de l'histoire de Formose et de la vie qui s'y écoule, pas aussi paisible que pourrait le laisser penser le peu d'informations qui nous parvient de nos médias auto-centrés.
Le livre de Li-Chin Lin nous permet de compléter durablement notre connaissance de ce pays plus connu sous le nom de Taïwan. Il faut dire que l'histoire de cette île est un peu complexe. Peuplée au départ d'aborigènes, puis colonisée par les portugais, les hollandais, les chinois, puis plus récemment par les japonais qui, en 1945, suite à leur défaite, la cèdent de nouveau à la Chine, pour finir de base de repli aux chinois opposants à Mao en 1949. Toutes ces colonisations successives, avec les répressions qui vont avec, donnent une population tiraillée entre plusieurs cultures et subissant un endoctrinement quotidien.
Tout cela nous est raconté dans "Formose" sous la forme des souvenirs d'enfance et d'adolescence de l'auteur. Même si, parfois, j'ai été un peu perdu dans ce tourbillon d'informations politico-sociologiques quelquefois absurdes (la culture japonaise et sa langue sont honnies, mais il existe des bibliothèque de prêts de mangas), l'auteur arrive à nous faire partager ses colères, ses doutes et ses combats. Son dessin faussement naïf apporte à sa narration à la fois une certaine fraîcheur bienvenue dans ce monde taïwanais formaté mais aussi une illustration parfaite de sa révolte face aux contradictions de son pays. Li-Chin Lin est très dure envers son pays natal et on comprend très bien qu'elle ait eu envie de le quitter pour des contrées plus démocratiques. Elle vit maintenant en Europe, en France très précisément où elle continue d'exercer son regard aiguisé. Les quelques pages qu'elle consacre à sa vie en terre européenne sont toutes aussi mordantes que celles réservées à Formose, égratignant subtilement le pays des droits de l'homme et la soi-disant terre de tolérance que devrait être la Suisse.
Cet album, édité chez Ca et là, est une jolie surprise dont le côté un peu maladroit de la mise en page est largement compensé par un propos fort et intelligent. A découvrir.
PS : Si par bonheur, vous devez lire cet album, sachez qu'un résumé historique est proposé dans les dernières pages ( au début aurait été plus judicieux). lisez-le avant dde vous embarquez pour Formose. Votre lecture en sera plus facile et agréable.

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