vendredi 20 janvier 2012

Le bel âge 1 Désordre de Merwan

Les jeunes auteurs de BD aiment de plus en plus raconter la vie de jeunes adultes, vaguement mal dans leur peau, cherchant leur place dans une société qui ne les comprend pas. Ce thème classique leur permet de développer une BD intimiste, où le dessin reste primordial pour exprimer les sentiments sans pour autant négliger le scénario.
"Le bel âge" que nous proposent les éditions Dargaud, entre dans cette catégorie. C'est le portrait de trois jeunes femmes que nous rencontrons à un moment pénible de leur vie. Violette vient de rompre avec son copain et s'interroge sur son avenir. Lila, un peu mytho et un peu garce, parce qu'elle a couché avec le copain de sa coloc se voit rejeter par sa bande d'amis. Hélène, tellement obsédée par ses études et sa thèse, songe à tout abandonner.
Avec une mise en page quasi cinématographique, prenant le temps d'observer ses héroïnes dans leur existence, Merwan adopte la technique de nombreux films choraux, c'est à dire de suivre ses personnages en parallèle, jusqu'à leur rencontre qui, au départ, n'avait rien d'évident, chacune vivant dans un univers particulier. Cela peut paraître commun, mais ici, grâce aux dialogues très justes et à des cadrages très subtils, l'auteur arrive à nous accrocher et à nous intéresser, à la manière d'un Bastien Vivès, l'auteur de l'excellent "Polina".
Cependant, je ferai un reproche à l'éditeur. Pourquoi cette histoire est-elle éditée en trois parties? A la fin du premier tome, on a l'impression d'avoir juste lu un prologue. Le sentiment de frustration est grand, on a un vrai goût d'inachevé. On commence juste à bien s'attacher aux héroïnes que déjà il faut les quitter. Etait-ce trop risqué de publier un gros album comme le font d'autres éditeurs? Ou bien, est-ce économique ? Trois albums à 15 euros ça rapporte plus qu'un seul à 30 ? Je ne suis pas certain que le lecteur s'y retrouve, ni cette histoire fragile qui se diluera par manque de lecture en continu.
Malgré tout, si vous êtes amateur de récit sentimental, pas nunuche, plongez dans "Le bel âge" qui pourrait faire sienne la célèbre phrase de Paul Nizan : " J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie."


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