jeudi 23 février 2012

La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

Edité chez Jean-Claude Lattès . 16€

Quelquefois, on ouvre un livre et dès les premières lignes on sent qu'on ne va plus le lâcher et qu'un joli voyage s'annonce. Quelquefois, on se trompe aussi. Après un début prometteur, le récit s'enlise inexorablement pour nous laisser au bord du chemin. Et le contraire arrive aussi, on a du mal à entrer dans un univers qui à force de ténacité finit par nous emporter.
"La liste de mes envies" est un roman de la première catégorie, un de ceux qui ensoleille une pâle journée de février, un de ceux que l'on a envie de partager et de faire découvrir. 
"On se ment toujours. Je  sais bien, par exemple, que je ne suis pas jolie. Je n'ai pas les yeux bleus dans lesquels les hommes se contemplent ; dans lesquels ils ont envie de se noyer pour qu'on plonge les sauver. Je n'ai pas la taille mannequin ; je suis du genre pulpeuse, enrobée même. Du genre qui occupe une place et demie. J'ai un corps dont les bras d'un homme de taille moyenne ne peuvent pas tout à fait faire le tour."
Ce  roman commence par ces phrases, simples de l 'héroïne, Jocelyne, 47 ans, mercière à Arras. Avec ces quelques lignes, on devine la vie simple, pas toujours facile, aux rêves pas vraiment assouvis, un quotidien que malgré tout on accepte plus par humilité que par résignation. Elle a un mari qui rêve d'un peu de luxe, des enfants partis vivre leur vie, des copines rigolotes, une boutique qui vivote et un blog aux mots chaleureux pour amatrices de travaux d'aiguilles. Mais, le hasard frappe à sa porte, elle gagne le gros lot à l'Euro Millions. A partir de ce jour, sa vie va basculer, permettant de rêver bien sûr mais aussi de douter. Jocelyne va dresser des listes de ses envies et beaucoup s'interroger sur ce bonheur factice qu'est la richesse.
La grande force de ce roman est son écriture. A l'image de son héroïne, les mots, les phrases de Grégoire Delacourt ont la beauté des gens simples et dont le coeur déborde de bienveillance. Il arrive à se glisser dans son personnage avec une aisance et une justesse proprement étonnante, faisant oublier tout de suite que c'est un homme qui tient la plume. Et quand, dans le dernier tiers du livre, l'histoire devient plus âpre, les mots continuent quand même à égrener leur musique délicate. 
Ce très beau roman, est, en plus du remarquable portrait d'une femme vieillissante, une très belle fable sur le bonheur et l'argent qui peut se résumer à ces quelques mots pris page 140 : 
" Je possédais ce que l'argent ne pouvait pas acheter mais juste détruire.
Le bonheur.
Mon bonheur, en tout cas. Le mien. Avec ses défauts. Ses banalités. Ses petitesses. Mais le mien.
Immense. Flamboyant. Unique."
Pour moi une vraie découverte que je vais m'empresser de faire découvrir autour de moi. Il serait dommage qu'un tel livre reste à prendre la poussière sur les rayons des librairies car il est de ceux qui réchauffe les coeurs et caresse avec intelligence nos cerveaux pollués de libéralisme.
P S : un détail, tout petit, m'a gêné, mais alors tout petit. Qu'est-ce qu'ils gagnent bien leur vie les ouvriers de chez Häagen Dazs ! 2400 € mensuel ! C'est bien vrai ça ?

Lire une très intéressante interwiew sur le site Store Cult c'est ici

3 commentaires:

  1. J'ai ouvert le livre hier et oui dès les premières lignes on sait qu'on ne lâchera pas le bouquin. L'histoire simple racontée avec des mots simples, en fin de compte notre vie de tous et toutes mis en mots (sauf que nous, nous n'avons pas gagner 18 millions). Qui n'a pas fait de liste d'envies, de résolutions, etc..... Je vais passer un excellent week-end grâce à cette petite pépite. Petit extrait qui résume le couple (souvent) J'ai vu ces années sur son visage, j'ai vu le temps qui nous éloigne de nos rêves et nous rapproche du silence...

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    1. En effet une très belle phrase que j'avais noté aussi. Bonne lecture...

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  2. Un petit rajout. Depuis que j'ai écrit ce billet, le livre a fait son chemin et il ne prend pas la poussière sur les tables des libraires...

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