samedi 8 septembre 2012

Une semaine de vacances de Christine Angot

Comment parler d'un tel livre ? Aurai-je les mots pour exprimer mon ressenti après le lecture de ce récit froid et clinique ?
Ce texte court, relatant les relations sexuelles d'une très jeune fille avec son père est-il pornographique ? Scandaleux ? Perturbant ? Vain ? Un peu de tout cela ou au-delà ? Est-il dérangeant parce que moi, lecteur homme, je me suis senti voyeur ? Ou parce que j'ai ressenti un coupable sentiment de complicité à cause des quelques petits moments d'excitation provoqués par cette accumulation de fellations, 69 et de tentatives de sodomie ?
Est-ce le témoignage cru et sans concession d'une victime ? Est-ce l'illustration glaçante de la domination physique, psychologique et perverse d'un père sur sa fille ?
En fait, est-ce un roman ? Un essai ? Une autobiographie ? Un objet de création littéraire visant à mettre des mots sur le mot "inceste" ?
Ce livre peut-il être lu sans être un fin connaisseur de l'auteur ? Faut-il avoir lu ses précédents ouvrages et notamment "L'inceste" (1999) pour en apprécier le contenu ? D'autres enjeux littéraires, médiatiques et personnels n'irriguent-ils pas également les pages de ce récit ? Est-ce-qu'un livre aussi dérangeant, voire même déplaisant, peut trouver un public en dehors d'un petit monde intello et/ou parisien ?
Mais alors, pourquoi moi, lecteur lambda, ce livre me reste -t-il autant dans la tête ? Pourquoi me poursuit-il ainsi ? Pourquoi les mots, les phrases de Christine Angot résonnent-ils autant ? Est-ce le signe d'un très bon livre ou est-ce simplement ce déversement pornographique et incestueux qui me choque ?
Le travail de tout bon écrivain n'est-il pas de secouer son lecteur sans concession ? De l'atteindre dans son être le plus intime ? De le bousculer au risque de lui déplaire ?
Et que dire de la fin d"une semaine de vacances" ? N'est-ce pas la marque d'un grand auteur ? Comment ne pas admirer cette prouesse de décrire en quelques mots simples (une fille, une gare, un sac) l'abîme qui s'ouvre devant la jeune fille et qui nous laisse désemparés ?
Peut-on encourager ses amis à lire ce livre ? Le recommander ?
L'ai-je vraiment aimé ? Peut-on aimer un livre pareil ? Est-ce du masochisme que de l'aimer ? Pervers de l'apprécier ? Choquant de penser que c'est un des livres majeurs de cette rentrée littéraire ?
Mais n'y-t-il pas une seule question à se poser ?
"Une semaine de vacances" n'est-il pas par son refus du romanesque, un livre qui viole littérairement son lecteur ?


4 commentaires:

  1. Que de questions !!!!

    Un livre qui ne sera pas pour moi, de cela j'en suis sure. Je passe mon chemin...peut-être à côté d'un chef-d’œuvre, mais à n'en pas douter j'éviterai l'étape ultime après la nausée, et c'est déjà pas si mal !!

    Billet ajouté

    RépondreSupprimer
  2. Cette auteure ne m'a jamais attirée, et ce n'est pas cette semaine de vacances qui va y changer quelque chose !!!!

    RépondreSupprimer
  3. moi non plus je ne m'y risquerai pas!
    j'ai déjà lu Angot: la question est : mais jusqu'où ira t'elle pour supporter l'insupportable?
    merci Pierre de lire pour nous!!!

    RépondreSupprimer
  4. Nous ne sommes définitivement pas d'accord sur ce livre. Peut-être es-tu plus objectif que moi sur le coup-là. Mais, de mon côté, je ne peux pas regarder ce personnage et ses livres de manière objective. Lé dégoût qu'elle provoque en moi m'en empêche. Je sais, c'est violemment gratuit, mais c'est comme ça ! Et l'avoir descendue sur mon blog m'a fait un bien fou !

    RépondreSupprimer

Woman at war de Benedikt Erlingsson