lundi 3 septembre 2012

L'esprit de mes pères de Patricio Pron



Résidant depuis huit ans en Allemagne, le narrateur de cette histoire, écrivain argentin exilé, doit retourner dans son pays au chevet de son père gravement malade. Il découvre qu'avant sa maladie, son journaliste de père s'était intéressé de très près au meurtre d'un brave type du village où il habite. De fil en aiguille, il va prendre conscience du passé militant de sa famille et de l'importance de le transmettre.
A partir de ce sujet qui, bien évidemment, évoque la dictature argentine et ses milliers de disparus, Patricio Pron choisit une narration un peu déconcertante. L'enquête sur laquelle s'est penché son père nous est rapportée avec une succession de rapports de police, bruts, avec fautes de frappe, de syntaxe et n'est pas vraiment palpitante. Le narrateur, en plus, passablement médicamenté pour dépression, fait une fixette sur les listes en tout genre qu'il place tout au long du récit. Et ce n'est que vers la fin que sont évoqués les combats de ses parents contre la dictature militaire avec sincérité mais avec aussi une profusion de détails et de sigles sur des sous groupuscules révolutionnaires un soupçon barbante.
L'auteur, joue franc jeu avec le lecteur puisqu'il écrit ceci au milieu du livre : "... Je compris aussi qu'on ne pouvait pas raconter leur histoire à la manière du genre policier, et que d'ailleurs adopter ce modèle serait trahir leurs intentions et leurs luttes, car rendre compte de leur histoire à la manière d'un récit policier reviendrait simplement à admettre l'existence d'un système de genres, c'est à dire d'une convention, et donc trahir leurs efforts, qui avaient visé à mettre en doute ces conventions, les conventions sociales et leur reflet dans la littérature."
Louable intention mais ce refus du romanesque enfonce le lecteur dans une incompréhension de plus en plus profonde, le laissant en marge de ce roman qui avait tous les ingrédients pour illustrer dignement les combats d'une génération qui a vécu dans la peur et la douleur. Etait-ce bien raisonnable de vouloir faire le novateur pour arriver au résultat inverse du postulat de départ ? Narration en berne, pas d'émotion ou si peu, personnages à peine effleurés donnent au final un texte décalé et ennuyeux.

Merci à EntréeLivre et à la librairie Decitre pour la lecture de ce roman en avant-première.
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