mardi 27 août 2013

La servante du Seigneur de Jean-Louis Fournier



Continuant sur sa veine autobiographique qui fait en partie le succès de ses ouvrages, Jean-Louis Fournier adresse cette rentrée une (presque) supplique à sa fille, un peu disparue. Je dis un peu disparue car elle est bien vivante, mais tombée dans un mysticisme sectaire.
Après "Où on va, papa ?" témoignage lucide et poignant sur ses deux fils handicapés cérébraux et "Veuf" l'an passé, sur le décès de son épouse, voici que nous en apprenons plus sur sa fille... devenue bigotte 200 %, ayant troqué les couleurs vives pour le loden sombre. Totalement intolérante, elle fuit le monde réel et surtout son père.
Brisé, anéanti, (et on peut le comprendre vu les épreuves endurées par cet homme), il écrit ses espoirs, ses interrogations, ses regrets. Cette fois-ci, même si l'humour pointe toujours un bout de son nez au détour d'une phrase implacablement lucide, on sent une infinie tristesse parcourir ces pages. Au soir de sa vie, Jean-Louis Fournier aimerait bien retrouver sa fille, la vraie, la vivante, la gaie, celle qui était une talentueuse graphiste. Seulement celle-ci est enfermée, dans un système de pensée intégriste qui la rend inaccessible.
Cette souffrance supplémentaire de l'auteur émouvra bien sûr ses lecteurs réguliers. Les autres, les nouveaux, seront touchés aussi, car, au-delà de l'anecdote, il y a les pensées de l'écrivain qui sait si bien jouer avec les mots, les triturer, les retourner, les associer pour dresser un tableau touchant et vibrant comme cette vie qui fuit hélas peu à peu.
Cependant, je mettrai un petit bémol économique. 14 euros pour, aller, en gros, une demi-heure de lecture....ce n'est pas un peu cher ? Et puis, dans quelques années (le plus tard possible j'espère), tous les droits d'auteur tomberont dans l'escarcelle de cette illuminée qui n'attend que le trépas de son père, allant même lui demander par courrier quand est-ce qu'il va enfin se décider à quitter cette terre. Je tique voyez-vous, surtout qu'il semblerait que l'héritage ne servira pas à quelques bonnes oeuvres mais plutôt à remplacer l'actuel rutilent 4x4 et son intérieur cuir...
Il faut que je sois généreux si je veux gagner une place au paradis. Si vous avez aimé les deux précédents témoignages familiaux de l'auteur, ne vous privez pas de cette "Servante du Seigneur" (J'ai du me reprendre à quatre fois pour que la majuscule à" seigneur" veuille apparaître), c'est encore une belle leçon de lucidité face aux épreuves de la vie et toujours teintée de cette humanité humoristique des gens qui souffrent.

Livre lu dans le cadre de l'opération coup de coeur des lecteurs organisée par la librairie DECITRE et son site de lecteurs ENTREE LIVRE

1 commentaire:

  1. Oui, j'ai aimé son humour noir et caustique.
    Tu parles du prix du livre, mais quoâ, il faudra bien qu'elle change un jour les pneus du carosse, et ça coûte bonbon ces petites choses là.
    Jean-Louis Fournier, restez parmi nous le plus longtemps possible, j'aime votre humour cachant les fêlures

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