samedi 31 août 2013

Le silence de Bruce Mutard



Voici un roman graphique venu d'Australie où vous ne trouverez aucun aborigène ni n'apercevrez aucun kangourou ! Il s'agit d'une histoire simple baignée de mystères et prétexte a un grand questionnement sur l'art aujourd'hui. 
Hou là ! pensez-vous, encore un album bien bavard et bien rasoir ! Un de ces pensums qui oublie que le lecteur, même s'il lui est agréable se servir de son cerveau, aime, surtout  en BD, être diverti. Eh bien, pas du tout ! et c'est la grande réussite de ce "silence", il nous tient en haleine pendant 184 pages, sans faillir une seconde. 
L'histoire met en scène une galériste aux convictions marchandes chevillées au corps. Elle se rend à l'autre bout du pays avec son mari, artiste peintre en mal d'inspiration, pour rencontrer et préparer la future exposition d'un vieux peintre célèbre un peu ermite. Ils vont en profiter pour essayer de dénicher l'auteur totalement anonyme d'un sublime tableau aperçu chez une cliente. Choosy ( la galériste ), espère bien mettre la main sur cette perle rare et en tirer un maximum de profit et de notoriété.  Seulement, la recherche de ce talentueux inconnu va se révéler plus difficile et plus mystérieuse que prévue et l"artiste de renom un rien plus moralisateur qu'à l'habitude. 
Le récit, magistralement structuré, ne nous lâche pas une seconde. Mêlant habilement enquête et questionnement autour de l'art, il n'est jamais ennuyeux. On abordera ainsi l'importance de l'argent dans l'intérêt que l'on porte à une oeuvre ou, entre autre, si un tableau est fait pour être décoratif ou remuer son spectateur. 
Il est vrai, je pense, qu'il faut s'intéresser un tant soi peu à l'art pour apprécier pleinement cet album. Mais le rythme soutenu et le graphisme limpide aux cases superbement cadrées, font passer cela avec brio. Le lecteur est emporté par la réflexion, amener de plus, à ouvrir d'autres champs de réflexion comme l'opposition ville/lieu inhabité, art/argent, ...
Vous l'aurez compris "Le silence" est un genre de suspens intello et ambitieux qui remplit parfaitement son contrat. Les illustrations, sur fond noir, épousent le propos sans sombrer dans les références picturales lourdes (ce qui est un vrai exploit, tant ce projet pouvait servir de terrain à clin d'oeil aux artistes préfères de l'auteur).
Une jolie réussite donc, que les excellentes éditions çà et là ont eu la bonne idée de proposer au public francophone. Un roman graphique qui ravira, comme moi, tous les amateurs de BD à dominante psychologique. 

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