vendredi 20 décembre 2013

Mauvais genre de Chloé Cruchaudet


1914. Avant de partir au service militaire puis très vite à la guerre, Paul épouse Louise. Petit couple ordinaire que le conflit va transformer d'une manière inattendu. Supportant très mal les camarades disparaissant les uns après les autres dans d'atroces souffrances, Paul, se coupe l'index, doigt qui sert à appuyer sur la gâchette et se débrouillera pour l'infecter un maximum afin d'avoir le privilège de passer quelques semaines dans un hôpital. En apprenant son retour au front, Paul décide  de déserter et de se cacher dans un hôtel pas loin de son épouse. Ne pouvant sortir de peur d'être arrêté, puis fusillé pour désertion, il tourne comme lion en cage, lorsqu'à la suite d'une dispute, lui vient l'idée de se déguiser en femme pour avoir la possibilité de prendre l'air et de pouvoir ainsi aller acheter sa bouteille de vin rouge. A partir de ce jour là, son quotidien  va se trouver transformée. Evoluant en femme, il découvrira une vie que ses rêves les plus fous n'auraient pu soupçonner.
Entre quête de soi, témoignage sur le traumatisme de la guerre et aussi interrogations sur la sexualité, le couple, l'amour, la masculinité, la féminité,  "Mauvais genre" est une totale réussite. Ca se lit comme un roman passionnant,avec  en plus le regard porté par un dessin délicat et inspiré, où un peu de rouge éclaire toutes les nuances de gris (non, rien à voir avec le best seller états uniens, parce qu'ici il y a une vrai sensualité, de vrais détails érotiques). J'ai refermé cet album à la fois bouleversé par cette histoire mais estomaqué par la maîtrise de l'auteur qui signe là un album que je pourrai qualifier de parfait. Chloé Cruchaudet allie efficacité narrative, beauté plastique  et réflexion. Cet album possède toutes les qualités pour prouver à ceux qui pensent encore que la bande dessinée est un genre mineur (oui, il en existe encore !!!!), qu'il va falloir qu'ils révisent sérieusement leur jugement et que bien souvent, elle est du même niveau (voire plus parfois) qu'un roman de littérature générale.  Les magasins Leclerc ont eu, pour une fois, bon goût (ou trouver un jury compétent) puisqu'ils lui ont accordé leur prix Landerneau de la BD, amplement mérité ! Il suffit de regarder quelques planches de l'album pour apprécier du premier coup d'oeil le travail très soigné de l'auteur dont le dessin exprime parfaitement les sentiments des personnages ou arrive à créer une ambiance.


L'horreur de la guerre...

Première sortie de Paul en femme, enfin la liberté !


Puis, on perfectionne l'allure...




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