dimanche 1 décembre 2013

Une illusion passagère de Dermot Bolger



Martin, porte-documents et secrétaire attaché à tout enregistrer pour un ministre irlandais en fin de parcours, se retrouve seul, un soir, dans sa chambre d'hôtel à Pékin. Cette solitude inhabituelle pour ce haut fonctionnaire zélé et peut être ennuyeux par sa volonté de servir au mieux son pays, va être l'occasion de faire le point sur sa vie. 55 ans, une vie de couple exemplaire auprès d'une épouse jamais trompée mais qui refuse maintenant tout rapport sexuel, il voit avancer à grand pas une retraite plus ou moins imposée par le contexte économique et qui risque d'être le début d'une longue descente vers la mort.
Son errance solitaire dans cet hôtel international de luxe va l'amener de manière un peu inconsidérée à faire monter une masseuse dans sa chambre. N'ayant jamais eu recours à ce genre de service, un peu anxieux,il ouvre sa porte à une dame chinoise beaucoup plus âgée que les charmantes hôtesses entraperçues dans les couloirs de l'hôtel. La séance de massage commence et, avec peu de mots et quelques regards, un étrange contact va se nouer entre ces deux êtres que tout sépare...
C'est un peu "Lost in the translation" pour l'ambiance mais c'est surtout un roman très abouti. Cette douce sensation de plaisir que va éprouver cet homme accédant soudain à des sensations inespérées voire oubliées, vivant un moment qu'il s'était interdit jusqu'à présent, est finalement une allégorie de cette Irlande puritaine que le libéralisme a soudainement réveillé et faut jouir très vite avec son enrichissement. La chute fut rude. La crise a envoyé le pays au bord du gouffre et notre quinquagénaire se retrouve post coïtum animal triste après le départ de la masseuse.
La séance de massage est un moment suspendu où se nouent des liens entre respect, connivence muette et domination, commerce. La solitude de ces deux personnes que tout sépare va les réunir dans une communion dont l'intensité les conduit au bord d'une intimité que d'habitude l'argent ne permet pas d'acheter. C'est aussi l'occasion de brosser le portrait trouble des sentiments et des échanges qui régissent le monde occidental riche et les pays émergents et leur main d'oeuvre low-cost.
Sous cette couverture faite de chair et de peau, se cache finalement un court roman de haute tenue dont le symbolisme très présent n'est jamais écrasant grâce à une très belle écriture qui passe avec élégance de l'analyse politique à l'étude des sentiments. Et si la photo de prime abord paraît sensuelle, la pression de cette main sur cette partie indéterminée du corps est bien à l'image du récit de Dermot Bolger, réaliste et dure. Cela n'exclue pas quelques joies mais qui très vite prennent le goût amer d'un monde complexe où l'homme avance, confronté à une solitude de plus en plus prégnante.

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