mercredi 4 décembre 2013

Punkt de Pierre Lapointe

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Le Québec ne nous envoie pas, pour nous charmer les oreilles, que ses chanteuses à voix comme Mlles Dion ou Boulay. Ces dernières années nous avons pu apprécier les talents moins médiatisés d'Ariane Moffatt ou Jorane mais aussi celui très singulier de Pierre Lapointe.
Véritable phénomène au Canada, cet auteur compositeur collectionne les récompenses et attire les foules lors de ses concerts aux mise en scènes sophistiquées et originales. De notre côté de l'Atlantique, ses disques ont du mal à s'imposer. Je ne pense pas que son quatrième album, sorti voici deux semaines, parvienne à conquérir les foules, non pas par manque de qualités, loin de là, mais par les propositions assez radicales, décalées et toutes personnelles qu'il propose.
"Punkt" est son quatrième album studio et est sûrement le plus accessible, ayant abandonné un peu de cette poésie assez étrange qui encombrait les paroles de ses premières chansons et cherché à donner un côté pop déglinguée à sa musique jusqu'à présent assez touffue. Inspiré par les génériques TV (Sésame Street dit-il) et les années 50/60 et tous les chanteurs rive-gauche, il nous offre quelques moments rythmiquement très marqués ( L'étrange route des amoureux pseudo twist où se mélangent violons et sonorités mexicaines, Plus vite que ton corps ) et d'autres aux inspirations éclectiques ( Tu es seul et restera seul, mélange de Nino Rota et Léo Ferré), met en avant des instruments abandonnés des productions actuelles ( l'orgue sur La date, l'heure, le moment, la harpe sur Les enfants du diable) ou aux arrangements surprenants comme sur la superbe Barbara. Mais des plages plus classiques, en piano/voix (et souvent choeurs), viennent calmer ces moments de folies, donnant un ton et une ambiance à cet album assez étonnants, pas toujours évident à la première écoute mais à la richesse mélodique indéniable, très vite addictive. Les paroles ne sont pas en reste. Plus libres, plus fluides et moins fumeuses que dans ses productions précédentes, l'écriture en est plus précise mais aussi, plus sexuellement explicite. On y trouve évoqués des thèmes rares dans la chanson ( l'infanticide ou une sexualité tous azimuts), les mots peuvent être crus, cash. Ainsi on entend dans Les enfants du diable  : " les enfants du diable...gorgent leurs verges de sang / et s'enculent en chantant ", mais aussi, dans la même chanson : "Les enfants du diable / restent bien souvent perplexes /Face aux joies indésirables / Des grands sentiments complexes "  Sur que Céline D. ne chanterait pas cela... mais a-t-elle dans son répertoire des textes d'une telle poésie ? (Oui, au Canada, cet auteur, compositeur, interprète, metteur en scène est aussi considéré, avec raison, comme un poète.)
 "Punkt" réussit un sacré mélange de déjanté, de modernité et d'intimisme. En l'écoutant, l'univers personnel extrêmement riche de Pierre Lapointe m'a fait penser à celui d'un Charles Trenet qui n'aurait pas eu peur des mots ni des expérimentations sonores. C'est le plus abouti de tous ses albums, celui qui devrait agrandir le cercle de ses fans, mais déroutant toujours les amateurs de chansons formatées pour la bande FM. Pour moi, en tous les cas, la confirmation d'une grande pointure de la chanson francophone à découvrir toute affaire cessante.
Ci dessous trois clips de son nouvel album et vous verrez que là aussi, visuellement, c'est également un peu déjanté ou avec un parti-pris très arty.



2 commentaires:

  1. ON NE SE MOQUE PAS... je me suis demandée en voyant son CD à la médiathèque, si ce n'était pas le fils de Bobby Lapointe. Et bien je me coucherai moins bête... :-)

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  2. Et je ne me moque pas .... le seul lien de parenté c'est peut être le talent (très différent tout de même).

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