jeudi 19 décembre 2013

Suzanne de Katell Quillevéré


Suzanne, petite fille un peu boulotte et habillée d'un costume pailleté danse sous le  regard admiratif de son papa et de sa grande sœur. Un autre jour, les trois mêmes vont pique-niquer  devant une tombe au cimetière. C'est celle de l'épouse et de la mère décédée. Quelques années plus tard, devenue collégienne, toujours en compagnie de sa sœur, elle regarde passer une bande de garçons de son âge en les allumant un petit peu. Puis le père est convoqué par la principale pour discuter d'un problème grave concernant Suzanne...
Ce résumé des premières minutes du film peut sembler décousu mais le scénario est ainsi conçu. Il avance par petites scènes de la vie aux apparences simples de cette jeune fille puis jeune femme et cela sur vingt- cinq ans.  Au début, le procédé peut surprendre, voire même quelques minutes devenir lassant par cette sensation de survol trop rapide mais soudain, l'émotion nous cueille et ne nous lâchera plus jusqu'à la fin du film. Tout ce qui manquait, tout ce que la réalisatrice a éludé et que le spectateur  a deviné, imaginé avec son propre vécu, nourrit l'histoire et rend soudain le film émouvant et passionnant. Émouvant, parce que Suzanne, en plus d'une trajectoire faite de cahots, de chutes, d'emballements et de silence est interprétée  magnifiquement par Sara Forestier qui prouve encore une fois qu'elle est l'une des deux ou trois actrices phare de sa génération. Passionnant parce que dans notre fauteuil, nous sommes partie prenante de ce destin en comblant les silences du scénario. Et je suis sûr que personne ne sortira de la salle avec le même ressenti. Katel  Quillevéré nous montre les moments forts, signifiants d'un destin bien triste, sans jamais prendre partie. Pourtant sa caméra traque le moindre regard, le moindre frémissement mais elle n'est jamais dans le jugement, seulement dans l'objectivité, dans un réel brut mais jamais voyeur. Cela ne ressemble jamais à un documentaire, on ne sent pas non plus la reconstitution malgré le côté cinématographique de l'ensemble. C'est juste, peut être, le style personnel de cette jeune réalisatrice dont le talent éclate ici. On peut lui rajouter aussi une parfaite direction d'acteurs. François Damiens est fort émouvant en père dépassé par le comportement de sa fille et Adèle Haenel joue finement une grande sœur aimante.
Je ne suis pas certain par contre que sortir un film aussi fort et aussi sombre, très loin des histoires douceâtres ou spectaculaires que la saison de Noël essaie de nous faire ingurgiter, soit un bon choix. Espérons tout de même que jouer la contre programmation  permette à ce joli film de trouver son public. Il le mérite amplement et prouve encore une fois que la vitalité et l'originalité du cinéma français, peut parfois rimer avec qualité. Cela n'a pas toujours été le cas cette saison ( suivez mon regard ou relisez quelques billets), mais quand cela arrive, il serait dommage de s'en priver.


1 commentaire:

  1. Bonsoir!
    Je tombe par hasard sur ton blog et je suis vraiment ravie de voir que tu as adoré ce film autant que moi (mon avis ici: http://ick.li/Z6SeSb)! Je pense comme toi qu'il est passé un peu inaperçu à cause d'une sortie juste avant les fêtes, mais une chose est sûre: je vais suivre cette jeune réalisatrice attentivement! ;)
    Bon week-end!

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