samedi 3 mars 2012

Un léger déplacement de Marie Sizun


"Souvenirs, souvenirs" pourrait être la bande son de ce roman, mais les tonalités rocks de la chanson ne correspondront pas du tout à l'atmosphère intimiste de ce retour à Paris d'Hélène après trente cinq ans d'absence.
Revoir cet appartement vieillot dans lequel elle a passé une partie de son enfance et toute son adolescence, bouleverse cette maintenant new-yorkaise de soixante ans. Le passé lui revient par bribes au fur et à mesure de ses déambulations, révélant des aspects inattendus que sa jeunesse n'avait pas su voir.
L'élégante américaine qu'elle est maintenant se souvient de la jeune fille au physique ingrat qui a vécu entre un père peu communiquant,  une belle-mère disgracieuse et le fils détesté de cette dernière. Elle se remémore aussi cet amour platonique mais intense avec Ivan dont la fin brutale l'a propulsée dans une clinique pour dépressifs. Et puis, il y a en filigrane, ce léger déplacement du titre, sensation d'abandon éprouvée une première fois dans l'avion la conduisant en France et qui ne la quittera pas du livre.
Marie Sizun, avec son écriture simple et précise, procède comme un peintre pointilliste. Elle pose ses couleurs et peu à peu cela forme un tout, toujours un petit peu plus complexe, avec sensibilité et pudeur. Et de deux choses l'une, soit le lecteur rentre dans cet entrelacs d'émotions simples et personnelles soit, il décroche par manque d'action véritable et de rebondissements. 
Personnellement, j'ai très vite penché pour la première catégorie. J'ai aimé accompagner cette femme sympathique dans son chemin du souvenir, même si je n'ai pas été du tout surpris par l'intrigue. Je me suis glissé dans cette histoire simple mais pas simpliste comme dans un vieux pull confortable, moment de douceur et de partage dans un monde de vitesse et d'outrances. " Un léger déplacement" est le roman parfait pour les adeptes de la "slow life", ce nouveau concept pour une vie plus cool.

2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé La fille de l'Allemand de la même auteure.
    Je note celui-ci dans ma LAL.

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  2. Moi aussi, j'ai beaucoup aimé la fille de l'Allemand. Dans celui-ci, très différent, on est dans une atmosphère plus douce et plus tendre...

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