dimanche 27 août 2017

Tout un monde lointain de Célia Houdart


Dans cette rentrée romanesque, vous trouverez des auteurs poids lourds avec des romans aux sujets qui claquent bien dans les médias ( cette saison la guerre d'Algérie et la transexualité tiennent la corde) et d'autres, plus fragiles qui vont essayer de se faufiler parmi les gros bras avec des intrigues qui misent plus sur l'ambiance, sur l'écriture... Célia Houdart avec 'Tout un monde lointain", titre qui évoque tout autant Baudelaire qu'Henri Dutilleux, se place d'emblée dans une littérature plus exigeante et donc plus facilement sujette à quelques rejets ou incompréhension.
Le roman débute par une scène alpestre, pas loin du lac Majeur, où une petite fille en langes et un monsieur torse nu paraissent jouer ensemble même si un mélange de terreur et d'amusement transparaît dans le regard de l'enfant. Puis, le chapitre suivant nous propulse de nos jours sur une de ces routes sinueuses et magnifiques du côté de Roquebrune-Cap-Martin ( petite ville coquette limitrophe à Monaco) et nous ferons la connaissance de Gréco, une dame, sans doute âgée, qui vit seule dans une magnifique propriété surplombant la mer. En la suivant nous découvrirons que son ancien métier d'ensemblière ( plus chic que décoratrice d'intérieur) lui a donné l'occasion, entre autre, de réaliser la décoration du Concorde et que donc ses créations apparaissaient plus sûrement dans " AD décoration " que dans la rubrique déco de "Femme actuelle". Tous les jours, elle parcourt le sentier des douaniers local et ne manque jamais de jeter un œil sur la villa E.1027, habitée un temps par Le Corbusier mais surtout construite par Eileen Gray, grande designer. Pour le moment, la villa est fermée, abandonnée suite à une querelle d'héritiers. Gréco souhaiterait l'acquérir et passe tous les jours devant avec déjà un léger regard de propriétaire. Mais un matin, elle s'aperçoit que les portes sont ouvertes et que des squatters y ont élu domicile...
C'est dans un univers de créateur que Célia Houdart nous emmène, où chaque tracé de porte, chaque meuble, chaque éclairage de pièce revêt une importance primordiale, un monde sûr de lui qui avance la tête dans les étoiles et les mains parfaitement manucurées. Gréco, lorsqu'elle était en activité, pouvait annuler un rendez-vous important au seul prétexte que son bas était filé ! Le petit monde qui gravite autour d'elle, monde de service qui repère et la grande dame et la bonne cliente, ne peut que lui sourire pour ne pas la gêner ou la faire sortir de son monde. La rencontre avec le jeune couple décomplexé de squatters lui apporte un vent de folie et d'anxiété. Sa confrontation avec ces apprentis artistes ( oui, bon, ce ne sont pas des roms héroïnomanes et violents), n'aura pas lieu car une drôle d'amitié va naître, la déboussolera...
Sans en avoir l'air, avec un style élégant (comme son héroïne), mais jamais appuyé ( comme le maquillage de son héroïne) , le roman crée petit à petit une atmosphère subtile ( comme le parfum émanant des bougies placées sur la table basse design de l'héroïne). On prend plaisir à se promener à sa suite, à observer la nature un brin terrifiante. C'est cool parfois de se glisser chez une nantie ( même si parfois on la trouve un peu snob ) surtout quand on perçoit que derrière cette assurance se cache un soupçon de mystère. Mais, bien que le face à face avec ces deux énergumènes fera vaciller  quelques certitudes et un peu le chignon entretenu avec un savant coiffé/décoiffé, tout reste très retenu et surtout dans une sorte d'entre soi entre gens ayant la fibre artistique.
Au final, que dire de ce roman, court, facile et pas désagréable à lire  ? Que l'atmosphère et l'écriture sont en parfaite harmonie, que tout cela est sans doute très sensible mais que l'on s'en fiche un peu. Oui, moi aussi je peux faire comme Gréco,  mon distant, mon sale gosse qui ne sourira pas obséquieusement à cette vieille bourge, mon teigneux qui n'arrive pas à ne me réjouir de l'habileté et de la parfaite composition d'un texte. Tel un intérieur de désigner si bien agencé que l'on hésite à poser ses fesses sur le canapé tellement on a peur qu'un pli rompe la parfaite harmonie du lieu, "Tout un monde lointain" , où chaque chose est à sa place, a su garder la distance avec moi.


1 commentaire:

  1. Je préfère finalement que tout ce monde reste lointain...J'ai bien peur que ce ne soit pas trop ma tasse de thé(sans le p'tit doigt relevé!)

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