mardi 29 août 2017

120 battements par minute de Robin Campillo


Se rendre dans une salle projetant " 120 battements par minute" peut intimider. Connaîtrai-je le même sentiment d'enthousiasme que cette critique unanime encensant ce film dont on devine à la fois les enjeux artistiques, politiques et militants ? Et puis, il faut bien l'avouer, avec un sujet difficilement critiquable, n'y aurai-t-il pas une sorte de consensus bien pensant ( voire rédempteur) de la presse, une sorte d'hystérie générale pour un film pas si magnifique que ça mais juste pas mal ? Question légitime en regard de certains emballements passés pour des œuvres auteuristes prétentieuses.
Je l'avoue les premières minutes de ce long métrage m'ont un peu fait douter. On entre dans une pré- réunion d'Actup, sorte de briefing pour nouveau venu, sorte de mode d'emploi didactique de ce que seront amenés à voir les spectateurs présents dans la salle. Un peu didactique mais on entre ainsi très vite dans la vraie réunion se déroulant ensuite, avec ses prises de paroles très vivantes, cinglantes, tendues ou drôles. Cependant, on commence à se dire  que si ça dure plus de deux heures, malgré la présence incandescente d 'Adèle Haenel, évidemment exemplaire, toute en énergie militante et le côté réaliste de la mise en scène, pas sûr que l'on soit passionné jusqu'au bout... Heureusement, on voit pointer le bout du nez des deux héros du film dont la rencontre dans l'association va déclencher une vraie histoire d'amour. Manque de chance ( pour moi), je n'accroche pas du tout à la première scène mettant en scène Sean, qui m'apparaît plus comme une folle perdue et hystérique pas très sympathique...
Cela ne démarrait pas très bien ... et ...et ... au final, c'est complètement chamboulé que je suis ressorti de la salle,  comme d'ailleurs tous les  spectateurs qui  TOUS ont regardé, dans un grand silence, lumières allumées, le générique de fin tout aussi silencieux. Alors oui, une fois n'est pas coutume,  toutes ces louanges sont entièrement justifiées. Pourtant, le film n'évite aucun des chemins de nombreuses fois empruntés dans les films traitant du SIDA : le discours prophylactique ( encore important de nos jours malgré les traitements et la PrEP ), l'histoire d'amour qui se termine mal. Mais Robin Campillo par l'extrême pertinence de sa mise en scène et d'un scénario parfaitement écrit, donne un air totalement neuf à ces passages obligés, incluant subtilement la prévention dans une scène de sexe filmée avec un réalisme magnifique ou en sachant faire oublier la caméra lorsque la mort s'infiltre. Les réunions arrivent très vite à donner une vraie tension au film, cernant bien tous les enjeux de l'action d'Actup. Et quant aux deux acteurs principaux, Arnaud Valois et Nahuel Pérez Biscayart ( que j'avais sottement pris en grippe au début ), incarnant la partie romanesque de cette évocation,  c'est bien simple, il y a longtemps que je n'avais pas vu autant de vérité, de chaleur, d'écoute et d'empathie entre deux comédiens, ils sont simplement exceptionnels !
Alors oui " 120 battements par minute" est un vrai très bon film qui sait vous emporter, qui vous fera vibrer par son contenu intensément politique, par sa générosité, sa direction d'acteurs exemplaire et par son vrai regard de cinéaste inspiré mais qui, surtout, ne vous laissera pas de marbre, vous fera sans doute pleurer mais vous communiquera sa formidable envie de vivre et de vous battre collectivement. En 2017, c'est un vrai grand et bon message qui, je l'espère, sera entendu et suivi.


3 commentaires:

  1. Je comptais aller le voir. Je vais aller le voir.

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  2. Très émue par ces 120 battements...

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  3. Merci encore de m avoir guidé vers ces 120 battements

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