dimanche 13 août 2017

La vie dans les villes de Michaël Wolf


S'il y a une exposition qu'il ne faut pas rater dans le cadre des rencontres photographiques d'Arles, c'est bien celle qui est consacrée aux travaux de Michaël Wolf, cet ancien photojournaliste reconverti dans la photographie tout court.
Spectaculaire est peut être le premier mot trop facile qui vient en premier lorsque l'on pénètre dans l'église des Frères Prêcheurs, cadre gris mais imposant dans lequel sont regroupées les différentes séries de cet artiste. C'est vrai, l'ensemble qui est offert à notre regard est impressionnant. Les immenses photos recto/verso d'immeubles hongkongais  font face à une monumentale installation de 20 000 jouets en plastique " Made in China" dans lesquels sont intégrés des clichés d'ouvriers sur leur lieu de travail. Cependant, l'intérêt de cette exposition et l'émotion réelle qu'elle procure vient surtout des autres éléments exposés plus discrètement.
Le regard de Michaël Wolf  révèle l'inhumanité de la vie urbaine où chacun lutte pour obtenir un minimum d'individualité dans un cadre complexe. Bien sûr lorsque nous sommes confrontés à ces saisissantes photos d'immeubles colorés à l'immensité géométrique ébouriffante, le choc est autant visuel qu'intérieur. Comment peut-on vivre dans de telles boîtes ? Puis, quand on s'approche de cette petite  maison de 9 m² installée non loin et que l'on s'aperçoit que cet espace est l'unique lieu de vie de millions de gens à Hong-Kong, qu'ils partagent parfois à trois comme en témoignent les photos qui tapissent les murs intérieur de cette installation, on réalise combien en France la majorité d'entre nous vit dans des conditions encore décentes. Heureusement, l'humain arrive encore dans cette jungle de béton à laisser sa trace comme une herbe folle poussant au ras du trottoir et nous sommes émus par ces petits objets dérisoires du quotidien qui apparaissent là où on ne les attend pas forcément. Les timides petits formats qui nous les présentent en sont la parfaite représentation face au gigantisme des photos d'immeubles. Pour Michaël Wolf le constat est le même partout que ce soit à Tokyo avec ces visages d'une grande tristesse des voyageurs compressés du métro ou à Chicago, où malgré la structure bien plus aérée et souvent transparente des bâtiments, apparaît un semblable mal de vivre, une ultra moderne solitude comme le disait un chanteur bien connu. Seul Paris semble un peu échapper à ce triste constat si l'on en juge les splendides et poétiques photos de toits qui impressionnent par leurs lignes et leurs couleurs picturales.
Cette vie dans les villes, toute dirigée vers le travail et l'entassement solitaire fait froid dans le dos tout comme ces clichés fortement pixelisés, agrandissements de détails trouvés sur Google Street View ( femme déféquant entre deux voitures, personne âgée évanouie sur le trottoir, doigt d'honneur d'un motard, ...), qui symbolisent tout autant une certaine individualité que l'avènement d'un monde où rien n'échappe aux caméras qui nous surveillent.

Pour terminer, j'aimerai évoquer cette écrasante installation qui attire inévitablement le visiteur de cette exposition.  Ces milliers de jouets récoltés en un mois sur des brocantes américaines, symboles d'une société de consommation insatiable et aveugle, mêlés à ces quelques clichés de serfs contemporains, aux conditions de travail épouvantables, délivrent un message simple et clair, peut être avec un peu trop d'arrogance ... Les tirages, proches du reportage, sont un peu noyés au milieu de ces poneys, Buzz l'éclair et autres dinosaures en plastique. Mais ce qui peut être m'a le plus impressionné reste sans doute les commentaires du public, surtout la partie accompagnée d'enfants inexorablement attirés par ce qui leur apparaît comme une résurgence de Toy's r us. Voilà un endroit facile pour faire un peu de pédagogie, de morale aussi ou même d'une petite leçon appliquée sur l'économie mondiale.... Ce que j'ai entendu n'avait pourtant pas cette allure. Je suis resté un bon moment devant "l'oeuvre" et au lieu d'essayer d'éveiller la conscience enfantine à l'état de notre monde libéral, j'ai plus entendu des : " Oh regarde un tricératop !" ou " Oh ! tu l'as, toi aussi !" ou " Non, mon chéri, tu ne peux pas l'avoir mais on ira t'en acheter un en sortant!" et même, avisant une ouvrière montrant tristement un horrible pistolet qu'elle venait de fabriquer " Regarde la dame, elle joue au pistolet !". Bien sûr quelques uns s'essayaient au bien difficile vrai travail parental, mais la grande majorité tombait dans le néant de la pensée actuelle ( avec pourtant une entrée à 10 euros ou un pass à 40 euros, signes, me semble-t-il, d'un certain intérêt à l'art et donc d'une possible ouverture d'esprit). C'est là, que, avisant tout ce splendide travail, je me dis que Michaël Wolf a raison de témoigner et d'essayer de nous sensibiliser .... même s'il semble témoigner pour une humanité déjà bien déshumanisée, même là où l'on pense qu'il y a encore des possibles !



1 commentaire:

  1. C'est également une exposition que nous avons beaucoup aimé. Je conseille !

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