jeudi 17 août 2017

Nos richesses de Kaouther Adimi


L'Algérie, pour nous français, reste encore une plaie vive malgré le demi-siècle qui s'est écoulé depuis la fin de la guerre. Même si une nouvelle génération d'artistes s'est emparé parfois du sujet, ceux-ci  restent peu nombreux à se frotter à ce thème si sensible mais sans doute également peu vendeur dans un univers culturel de plus en plus marchand. Ce petit préambule me semble nécessaire, surtout pour ceux qui, voyant le sujet de "Nos richesses" de Kaouther Adimi, auraient un sentiment de rejet. Ce qui se joue dans ce roman va bien au-delà du récit autour d'une nos périodes peu glorieuse de notre histoire.
En choisissant de raconter l'existence de Edmond Charlot, qui en 1936 créa dans un tout petit local à Alger, une librairie, l'auteure fait entrer subtilement la petite histoire au cœur de la grande. L'existence de ce modeste endroit dédié aux livres et à l'édition, où se retrouveront au fil du temps de grands intellectuels méditerranéens ( Albert Camus, Jules Roy, Henri Bosco, ...), certes contée sous la forme peu vendeuse d'un journal, possède une certaine force symbolique. Edmond Charlot n'est pas un commerçant mais juste un grand amateur de littérature. Son ouverture d'esprit en fera un grand découvreur de talents mais aussi un humaniste à l'utopie rassurante.C'était quand même un sacré challenge que de créer à cette époque un endroit consacré à la promotion de jeunes écrivains quelque soit leur race ou leur religion ! Mais hélas trois guerres auront raison de sa passion, deux bien réelles et bien connues et une autre, plus larvée, plus germanopratine, se déroulant dans les sombres antichambres de l'édition. 
Le roman va plus loin qu'un récit biographique. En mêlant aux annotations d'Edmond Charlot, le récit actuel d'un jeune homme venant débarrasser en 2017 ce local toujours dédié aux livres malgré les assauts du temps et le récit externe d'un algérien non identifié ( l'auteurs peut être...), c'est un véritable condensé très délicat de l'histoire de l'Algérie ainsi qu'un magnifique plaidoyer mémoriel pour la culture comme ciment de l'humanité qui nous est offert. Kaouther Adimi reste cependant très lucide sur l'avenir de ce pays et sur la place du livre dans le monde. Le final de son roman, magnifique de symbolisme et sombrement prophétique, est de ceux qui bouleverse. Quand, à la toute fin, le lecteur se trouve interpellé pour envisager une sorte de devoir de mémoire. Alors, je réponds sans aucune hésitation, OUI ! Un OUI franc, comme preuve que ce roman réveille autant d'émotion que de respect. L'Algérie ne faisait jusqu'alors pas partie des destinations prévues, mais si un jour je me décide à découvrir Alger la blanche, il sera hors de question que mes pas ne portent pas jusque devant ce petit local de la rue Hamani, sans doute transformé en échoppe à beignets, qui, grâce à ce très beau roman ne tombera pas dans l'oubli. Il deviendra pour les ( j'espère) nombreux lecteurs qui croient que la culture peut changer le cœur des hommes, un lieu de mémoire. 
Les subtiles et simples histoires de " Nos richesses", nous emportent dans un émouvant voyage au sein d'un monde dur qui laisse quand même à quelques hommes riches de générosité et d'humanité le soin de créer quelques oasis de lumière. 

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