lundi 21 août 2017

Une femme douce de Sergei Loznitsa


Une femme russe, habitant une maisonnette isolée dans la campagne, reçoit un avis pour aller chercher un colis à la poste. A voir son regard mutique devenir un poil soupçonneux, on devine qu'elle n'attend pas une commande Amazon. S'ensuivent divers tracas administratifs pour récupérer son bien qui se révèle être un retour à l'envoyeur d'un paquet expédié quelques jours avant pour son mari emprisonné. Le front buté, la mine fermée mais résolue, elle embarque colis et affaires persos et file à ville le porter elle-même. L'affaire se durcit car de formulaires administratifs en remarques sèches, elle finira par se voir éjectée de la prison sans explication et sans avoir eu accès à son mari. La voilà condamnée à errer dans une ville dont les impôts locaux doivent servir à engraisser quelque mafia locale, toujours encombrée de son colis.
Le titre "Une femme douce " n'est là que pour évoquer la nouvelle de Dostoïevski qui a inspiré le film, car de douceur il n'y en a guère dans cette héroïne dont on comprendra bien vite qu'elle représente le regard que jette le réalisateur sur un peuple russe subissant toujours plus une administration inhumaine, une corruption endémique et plongeant dans l'alcool, le racket ou la drogue pour se donner l'illusion d'une vie.
L'atmosphère plombante voulue par Sergei Loznitsa est surlignée par une mise en scène soignée, aux plans admirablement cadrés mais qui parfois s'étirent un peu trop longuement. Et dans ce cadre apparaît la fameuse âme russe , traitée ici avec pas mal de clichés qui finissent par alourdir un peu plus l'ensemble. Seule une très belle scène vers la fin, située dans le local de bénévoles pour la défense des droits de l'homme, laisse entrevoir, sur un mode tragi-comique, ce que le film aurait pu être sans son traitement un peu lourdingue. Un vent de dérision, de fatalisme et d'humanité souffle alors sur le film pour, hélas très vite nous asséner ensuite une longue séquence onirique ampoulée et redondante, ultime coup de massue fictionnel qui achève le spectateur par un final terriblement sombre. La femme dite douce du début devient alors le symbole du peuple russe , qui, quoiqu'il fasse, se fera toujours brutaliser ( et ici, c'est un doux euphémisme !).
Si d'aventure un voyage dans un pays délabré aussi bien physiquement que moralement vous tente, si en plus vous êtes friand d'images contemplatives et que vous adorez boire de la vodka accompagnée de pouffes et de gros cornichons, embarquez-vous auprès de cette femme douce et ainsi vous conforterez tous les clichés actuels qui circulent sur cette contrée poutinienne. ( poutiniste ? )



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