vendredi 24 mai 2019

Sibyl de Justine Triet


La première scène de "Sibyl", cinématographiquement impeccable, donne d'emblée le ton du film ainsi que le sentiment dans lequel va se trouver le spectateur durant toute la projection. Il sera aussi ahuri, décontenancé, que Virginie Efira, enfin Sibyl son personnage, écoutant la logorrhée de son éditeur dans un restaurant japonais et dont le regard exprime à la fois le désarroi de sa vie autant que la perplexité et l'hébétude que provoquent ces paroles et ces plats qui circulent inlassablement devant elle. Nous, dans notre fauteuil, le choix est tout autre. Comment s'accrocher à cette avalanche de problèmes, de combats, de passé traumatique, de présent fascinant qui peuplent les pensées de Sibyl, jeune femme au bord de la rupture ?  On ne choisit pas réellement, au mieux on se laisse porter par ce jeu de miroirs mis en place par la réalisatrice qui convoque psychanalyse, trouble et cinéma dans un montage kaléidoscopique. On pioche ce que l'on peut selon son humeur ou son degré d'aptitude à jouer les psychologues. Attirance, fascination, perversité, sexe, amour, haine, masturbation, clin d'oeil cinéphilique, névroses, vampirisation, tout un bric à brac qui parfois nuit à construction des personnages (masculins) mais surtout à l'émotion qui a du mal à se faufiler au milieu de maelstrom obsessionnel.
Malgré tout, si "Sibyl" ne parvient pas à nous intéresser à son histoire diablement alambiquée, le spectateur reste toutefois assez fasciné par ce qu'il voit sur l'écran, car ce film est un magnifique écrin pour une comédienne que l'on savait déjà talentueuse : Virginie Efira. L'étendue de son registre apparaît immense et sa mise en valeur est ici évidente. De tous les plans, à la fois, drôle, grave, sexy, désemparée, battante, hésitante, saoule, amoureuse, ... elle fait plus que crever l'écran, elle l'explose. Qu'elle ne dise rien, qu'elle chante en italien, qu'elle fasse l'amour sans fard, qu'elle boive, qu'elle parle hors champ, elle est sublime, irradiante, incandescente, magnifique. Assurément Justine Triet a trouvé son Stradivarius et en joue magnifiquement. Et même si l'on peut rester circonspect quant au scénario un peu pouffant, il est impossible de ne pas céder au charme et au talent de Sibyl/Virginie Efira. Grace à elle, on se laisse porter durant presque 2 heures, assistant , nous aussi fascinés, au déploiement encore plus grand d'une actrice décidément bien surprenante.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Gabrielle Chanel , manifeste de la mode

 Une foule essentiellement féminine, gentiment rangée sur le trottoir devant le palais Galliera, patiente pour pénétrer dans l'expositio...