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lundi 12 mai 2014

Mylène Farmer, Timeless 2013, le film de François Hanss


J'ai eu le privilège d'assister à la projection de la captation du dernier spectacle de Mylène Farmer. Je dis privilège car c'est le directeur de Pathé-Le Mans qui nous l'a martelé, tellement il était fier de cette présentation dans son ciné. Il a même ajouté que c'est Mylène elle-même, qui avait validé la copie quelques jours avant sa projection (ici, petits applaudissements dans la salle cachant mal un râle de satisfaction de la part des nombreux fans, certains venus de très loin).
Confortablement installés dans nos fauteuils, l'ambiance n'était pas celle d'un vrai concert, loin de là ! Tout le monde attendait sagement le lancement du film de François Hanss. Même lorsque la sono en thx méga super giga dolby (cela signifie en fait que le son est bon ET fort) a commencé à cracher ses décibels, pas l'ombre d'une impatience n'a semblé réveiller la salle, contrairement à la semi hystérie des 10 000 personnes agglutinées dans la salle de concert de Lyon qui s'agitaient sur l'écran. L'ami qui m'avait dit que je risquais de me retrouver torse nu, dansant sur une baffle se trompait lourdement. Hormis quelques applaudissements, quelques rythmes scandés du bout des mains et une dame debout les yeux écarquillés durant toute la séance, aucune manifestation hystérique n'est venue enjoliver la soirée. Le public était plutôt sage, comme en communion, buvant les paroles de la diva rousse avec piété. Seules quelques larmes furent essuyées lors des morceaux lents et surtout lorsque Mylène a entonné "Regrets", hymne qui fait couler des torrents lacrymaux depuis une bonne décennie lorsqu'elle l'offre, vibrante d'émotion, à une foule en pâmoison. 
C'est bien beau de décrire les fans vautrés mais le film, comment est-il ? Sans être un spécialiste des concerts filmés, ni ne pouvant comparer avec l'original mais ayant déjà visionné les précédentes captations, je dirai que celle-ci est de bonne facture. En ayant comme projet de faire sentir la communion de l'artiste avec son public, et vice versa, le film arrive à faire passer une certaine émotion. Même si cela ressemble parfois à des pèlerins s'extasiant devant l'apparition soudaine d'une quelconque vierge Marie, la ferveur que suscite Mlle Farmer est palpable, gagnant même notre salle de ciné à certains moments. 
Le show, tel qu'il est présenté, m'a paru moins grandiose qu'à l'habitude. Bien sûr, un  déluge de lumières sophistiquées, des robots high-techs et une vigie qui survole un public ébahi, montrent la grande technicité et l'extrême créativité de l'ensemble. Accompagnée de danseurs torse nus (eux !), Mylène nous prouve que malgré sa cinquantaine elle reste encore agile, pas une danseuse étoile évidemment, mais une show girl impeccable. Cependant, en virant le spectaculaire, la voix de la chanteuse est désormais mise en avant. Plus affermie, elle  possède dorénavant une sonorité plus profonde. Plus besoin d'une débauche de moyens, c'est elle qui finalement fait le spectacle. Sachant alterner avec bonheur morceaux rythmés et balades vibrantes d'émotions, la performance vocale est bien là. Je suis même persuadé que seule avec un micro, elle pourrait embarquer Bercy sans problème. Plus sereine m'a-t-il semblé, apaisée sans doute, elle use de quelques provocations avec légèreté, histoire de ne pas casser cette image de diva un peu sulfureuse, simulant une fellation rapide avec son guitariste et habillant musiciens et danseurs avec des jupes/pantalons.  
Une fois les lumières rallumées, les larmes d'émotion séchées, le réalisateur François Hanss a répondu à quelques questions du public. On a senti que les fans mouraient de curiosité pour essayer d'en savoir un peu plus sur leur idole, mais n'ont guère osé s'aventurer à poser des questions franches. Seule une perfide a eu le culot de demander si le réalisateur avait eu ordre de ne filmer que le profil gauche de la chanteuse puisque le profil droit échappe à tout plan ! A cette remarque, il lui fut répondu que cette fois-ci les gros plans du visage de Mylène étaient bien plus nombreux qu'à l'habitude...et que passer vingt ans à filmer la star, lui faisait avoir des réflexes qui n'avaient besoin d'aucun commandement !
En conclusion, voir sur grand écran la captation d'un concert ne remplacera jamais l'émotion du réel, surtout quand il s'agit de Mylène Farmer. La tension émotionnelle qui parcourt les salles immenses où elle se produit est difficilement reproductible. Cependant le film "Timeless 2013" arrive à la rendre par moments palpable. Alors, pour ceux qui l'aiment et ceux qui n'ont pas eu l'opportunité (ou les moyens ) de se rendre à son concert, ce DVD devrait faire à la fois office de témoignage d'un fabuleux moment passé ou de séance de rattrapage. Ce sera surtout au final, la preuve que son statut de star de la chanson n'est finalement pas usurpé, tellement ce film souligne le talent de parolière et d'interprète de Mylène. (Ben oui, j'ai été conquis .... comme quoi même quand on ne voit pas les artistes sur scène ...)

vendredi 30 décembre 2011

Agnès de ci de là Varda d'Agnès Varda

Je viens de passer cinq heures devant ma télévision. Oui cinq heures! Et ce fut un émerveillement.
Non ce n'était pas le bêtisier de France 3 en boucle, ni la saison 6 de Plus belle la vie, encore moins une compil de tous les grands événements sportifs de l'année 2011 (je m'en contrefous).
J'ai visionné les 5 épisodes d'une série proposée par Arte la semaine dernière par Agnès Varda et que l'on a eu l'excellente idée d'éditer en DVD. Ces 5 reportages d'une heure sont les pérégrinations de la réalisatrice autour du monde, avec l'ambition de nous parler de l'art et des artistes qu'elle admire. Et c'est éblouissant.
Au départ, je m'étais dit que j'allais en regarder un de temps en temps, mais je n'ai pas pu résister à tout visionner d'un coup tellement ces films sont des stimulateurs de neurones, des passeurs de bonheur et d'intelligence.
Parler d'art en image, sans être rasoir ou pompeux ou pédant est rare. Ici, par la magie du regard tendre, précis et artiste de la réalisatrice, tout est simple, surprenant, beau et accessible. Son oeil vagabonde de ci, de là, parlant d'elle, de sa vie mais surtout des autres, de tous les autres, les artistes bien sûr, mais aussi des hommes, des femmes, anonymes dont elle sait en quelques secondes nous faire partager une lueur de beauté, de présence. Son esprit malicieux et humaniste, toujours en éveil, sautille d'un lieu à un autre. Un objet vu au hasard lui rappelle une sculpture, un tableau, une personne, un souvenir, façon cadavre exquis, mais vraiment exquis.
J'ai été passionné par ces 5 films, j'y ai rencontré des gens formidables et étonnants, comme cette journaliste suédoise, chauve qui a fait de sa maladie un film sur l'importance d'avoir ou pas de cheveux.
J'ai écouté et regardé Christian Boltanski et Annette Messager parler de leur travail avec naturel et émotion. En quelques plans, on comprend qu'un artiste est un être finalement simple mais exceptionnel par la vision qu'il porte sur le monde et qu'il sait nous faire partager au travers de ses oeuvres. Quand Agnès Varda discute avec Soulages, l'homme est fascinant et sa peinture, pourtant pas toujours facile d'accès pour un béotien, caressée par la caméra experte, apparaît fascinante et même évidente.
Et puis, disséminés ça et là, il y a ces bouts de ville, d'arbre, ces objets, ces photos, ces moments de grâce saisis dans l'instant, qui nous disent que finalement, si l'on garde l'esprit ouvert, l'oeil aux aguets, l'art est partout et nous aide à vivre, à affronter un monde cruel.
Ces 5 heures de voyage dans l'art, dans la vie, font un bien fou! Merci Madame Varda d'être cette passeuse, cette artiste qui sait si bien parler à nos sens et à notre coeur et qui arrive à nous émouvoir, à nous distraire, à nous émerveiller avec des petits riens comme avec de grandes choses. Continuez encore très longtemps!